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Modibo Sidibé, président de Fare an Ka Wuli sur Africable TV : «Nous voulons être un parti qui ne court après les postes, mais…»

Modibo Sidibé, le président du Parti Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (Fare) An ka wuli était l’invité de l’émission “Politik” d’Africable Télévision du dimanche 12 mai 2019. Dans son entretien avec Robert Dissa, Modibo Sidibé a eu à répondre à des questions portant sur la vie de son parti, le dialogue national, les conflits armés, l’insécurité et l’accord politique.

Dans sa réponse aux questions pourquoi est-il venu sur le terrain politique et n’était-il pas mieux pour lui et pour le Mali de rester personne ressource, après avoir occupé de hautes fonctions dont celles de ministre et de Premier ministre au Mali, Modibo Sidibé, après avoir souhaité excellent Ramadan et fait des bénédictions pour le Mali qui a besoin de paix, de cohésion et de stabilité, dira qu’en occupant de hautes fonctions, on est déjà sur le terrain politique, on assume des charges politiques. Il ajoutera que durant une partie de sa jeunesse, il a milité dans des associations et de mouvements politiques, mais qu’en raison de son statut, il a été membre de différents gouvernements sans appartenir à quelques partis que ce soit. Il a remercié ceux qui lui ont accordé leur confiance pour lui permettre de servir à de si hauts niveaux de l’Etat.

“J’ai donné le meilleur de moi-même. Après ma mission en tant que Premier ministre, c’est bien des Maliens qui ont décidé de me voir, en raison de l’ouverture des campagnes, pour que je puisse être candidat pour des motifs qui leur sont propres. Est-ce que l’image qu’ils avaient de moi était la même image que le pays a de moi ? […] Je leur ai dit que je leur répondrai après avoir fait mes primaires.

J’ai parcouru le pays et c’était une première pour moi de le faire en n’étant pas candidat pour aller discuter partout avec les femmes, les jeunes, les hommes de notre pays pour leur expliquer ce qu’on me demande et leur demander ce qu’ils en pensent. Nous avons constaté qu’il y avait une certaine notoriété. Je leur ai demandé de me faire des bénédictions pour que je puisse prendre  une bonne décision pour mon pays. Et c’est ce que j’ai fait “, a-t-il répondu.

Comment explique-t-il ses scores aux différentes élections en 2013 qui l’a vu se classer 4e et 11e en 2018 ? Connaissait-il le Malien ?

Il n’y avait-il pas une distance entre lui et les Maliens ? Il a expliqué qu’il est bon de faire une analyse du système électoral malien pour juger ces scores. Il dira qu’il a été avec les Maliens et si quelqu’un a parcouru tout le Mali, c’est bien lui Modibo Sidibé. “Je ne vois pourquoi il y aurait une distance entre les Maliens et moi. Avec mes compagnons, j’ai proposé des idées et un projet pour le Mali. J’ai tiré toutes les leçons, tous les enseignements de ce qu’a été ce parcours pour voir dans quoi ou avec quoi notre pays doit s’afficher.

En quoi devons nous l’aider pour aller dans cette direction [….] Aux élections de 2013, je n’avais pas de parti politique, c’est un mouvement qui m’a accompagné. Le Fare a été créé en avril, alors que j’étais en clandestinité pour des raisons de sécurité. […] Aux élections législatives, le Fare a eu 6 députés à l’Assemblée nationale. Et les 5 ans qui se sont écoulés, nous avons fait le choix d’être dans l’opposition. Nous n’avons pas fait comme beaucoup en rejoignant le gagnant. Nous allons être dans l’opposition, accréditer l’idée qu’une démocratie, c’est une majorité et une opposition. Et nous étions dans une opposition constructive, critique, une construction pour une alternative aux prochaines échéances qui viendraient et qui sont arrivées en 2018.

Nous avons mené une campagne de terrain sans meeting. Nous avons organisé une émission en directe avec les citoyens sur Africable qui a été suivie par des millions de Maliens […] La question du système électoral fait partie des réformes indispensables et également le renouveau de la citoyenneté, le renouveau de la démocratie”, a-t-il expliqué. Il a ajouté qu’il avait décidé de faire la politique autrement. Ce qui, à ses dires, veut dire ramener la politique à ceux qu’elle devait servir. “Notre analyse de notre score aux élections de 2018 a porté sur différents aspects. D’abord, nous avons mené une campagne différente qui était notre grand atout. Nous avons aussi fait en sorte que nous puissions toucher le maximum de Maliens. Pour le reste, nous avons analysé ce qui s’est passé autour des centres de vote, ce qui s’est passé autour de ce que le vote a été. Et aussi, nous n’avions pas toutes les capacités pour couvrir tous les bureaux de vote sur l’ensemble du territoire, etc.

Nous ne sommes pas un parti d’une certaine taille. Mais nous sommes un parti de taille moyenne qui a mené un combat, qui a été présent dans la campagne, qui a été présent avec ses idées, qui a été présent aux côtés des Maliens et des Maliennes et qui a pu vendre un certain nombre d’idées. Et ça a été difficile. Même quand c’est difficile, il faut rester avec ses valeurs qu’on a choisies […] Parce qu’en ce moment-là, tu as intérêt à les conduire. Quelles que soient les difficultés, quel que soient ce que les maliens décideront, nous et nos compagnons, tant que ce sera possible, nous aurons à vendre une carte politique, un projet politique, des idées politiques qui tendent à changer radicalement le pays non pas à lui soigner des plaiesmais à les guérirvéritablement avec des approches structurelles. C’est pourquoi, nous sommes dans des visions de moyen, long terme Mali Vision 2030″, a-t-il expliqué.

Sur le poids du Fare en termes de députés, il indiquera que le Fare reste un parti parlementaire avec 6 députés, 4e force politique aux législatives en dehors des transfuges. Il dira que ces 6 députés ne sont plus avec eux. Il a rappelé que le Fare est un parti de valeurs. A peine créé en 2013, le parti a subi une crise forte de respect d’engagement. Parce qu’à l’époque, a-t-il avancé, “nous étions dans un engagement dans le cadre du FDR pour soutenir le candidat qui viendrait en 2e position. Il y a eu des débats au sein du parti. Nous n’avons pas voulu violer nos engagements comme le voulaient beaucoup de gens. Le parti a failli s’écrouler alors qu’il n’avait même pas 6 mois. Nous avons tenu bon à faire valoir nos valeurs, à faire valoir nos engagements. Parce que nous avons pris une décision.

Nous sommes un parti, le chemin sera difficile, mais nous ne voulons pas convaincre par l’argent, nous allons convaincre par les arguments, par la force de nos arguments, nous voulons être un parti qui tient à ses engagements, nous voulons être un parti qui ne court après les postes, mais qui s’engage dans le processus de transformation du pays véritablement”.

“L’école est en crise et elle doit être refondée […] pour que le métier d’enseignant soit un métier plus attractif”

Modibo Sidibé se reproche-t-il des choses pendant qu’il était au gouvernement ? Il répondra qu’ils ont géré le pouvoir de façon collective en ayant comme guide l’intérêt général et dans tout ce qu’ils ont eu à faire. “Il est clair que parfois on peut avoir des regrets. On peut penser pouvoir faire telles ou telles choses, mais ne pas pouvoir les faire ou l’atteindre avec des insuffisances. Il y en a toujours des insuffisances. Mais quel que soit ce qu’on peut penser aujourd’hui, il y a eu des progrès véritables, réels qui ont été faits durant toutes ces années.

Dans le secteur de la Santé que j’ai eu à gérer et dans d’autres secteurs, on peut voir des progrès. Dans le domaine de l’enseignement, l’école est en crise et elle doit être refondée. Il y a eu des lycées jusqu’en 1992, des écoles ont été créées, des Instituts de formation des maîtres, l’Université, des infrastructures, dans tous les domaines, il y a énormément de choses qui ont été faites. Etaient-elles suffisantes ? Je dis non ! Ce n’était pas suffisant ! […] La qualité de l’école est un problème. Si la question de l’école était uniquement infrastructurelle, il y a longtemps qu’on l’aurait résolue. Parce que nous avons montré notre capacité à construire des écoles, des classes et à les équiper.

C’est pour dire que la question de l’éducation va beaucoup plus loin. Et c’est aux Maliens de discuter de ce qu’ils veulent comme projet d’éducation. Cette question devait être au cœur de ce que nous devons faire car la masse critique de tout développement, c’est l’éducation. Nous devons investir dans les ressources humaines.

Et cela est quelque chose dans laquelle nous nous sommes engagés et nous avons fait ce qui devait être fait, bien entendu que nous n’avons pas tout fait. Nous avons considéré qu’en prenant ce qui doit être fait dans l’éducation, dans la refondation de l’éducation, nous avions des propositions à discuter avec le monde enseignant, le monde scolaire, l’Administration et avec l’ensemble du peuple malien. Parce qu’on ne peut pas faire l’éducation sans le peuple.

Et la question de perte de repère, la question de valeurs, doit traverser toutes les bouches qui s’intéressent à l’éducation pour pouvoir avoir des ressources humaines de qualité, compétitives. Il faut que le métier d’enseignant soit un des métiers les plus attractifs”, a-t-il réagi.

Sur la question de la présence de la communauté internationale au Mali suite aux conflits armés et de l’insécurité, Modibo Sidibé pense qu’il est préférable de mettre les choses dans leur contexte. Il dira que la communauté internationale est venue au Mali à la suite d’une crise multidimensionnelle avec sa gravité et sa complexité. “Dans toute crise qui émerge, il y a trois phases : une phase de crête, une phase de stabilisation et une phase de normalisation. La phase de crête, on sait ce qui s’est passé en 2012, on sait l’intervention qui a été faite par la France à l’appel des autorités maliennes pour stopper la sale opération qui était en cours et permette que le Mali puisse reprendre l’entièreté du contrôle sur son territoire. […] Quand la communauté internationale venait nous aider, nous avions trébuché, nous ne sommes pas tombés, nous sommes à genoux, nous ne devons pas prendre leurs mains pour nous relever, nous devons nous appuyer sur elle pour nous relever. Donc, pour nous, la question n’est pas d’accuser X ou Y. […] La question fondamentale, c’est quelles sont les missions des uns et des autres ? L’autre question est que faisons-nous ? La communauté internationale est sensée venir nous aider. La question fondamentale, c’est quel programme de redressement du Mali sur tous les plans, à commencer par le plan sécuritaire ? Ne nous faisons pas d’illusion. La question n’est pas Barkhane ni la Minusma.

La question, c’est quelle est notre capacité de reconstruction de notre système de défense, de notre système de sécurité de manière que dans l’horizon le plus proche possible toutes activités criminelles, tout irrédentisme, tout terrorisme trouvent devant eux l’Etat du Mali, sa justice, sa police et son Administration. Et cette construction dépend de nous. Et c’est la solidité de cette costruction, son évolution qui va entraîner la présence des forces étrangères sur notre territoire et qui sont dans une discussion, dans une vision que notre gouvernement doit porter appuyées par l’ensemble des populations. Et le soutien que communauté internationale apporte à notre armée dans le domaine de la formation n’est pas suffisant. Il faut que les uns et les autres comprennent que la sécurité est devenue un bien public. Et si c’est un service  public, il faut qu’on puisse le financer comme les autres services publics. Mais le gros des composantes, c’est nous-mêmes.

Deuxièmement, il est tellement important que pour les opérations de soutien, il n’y a pas que la formation, il y a l’équipement, le soutien aux opérations doit faire partie de l’aide, le temps que le Mali puisse rehausser son bouclier pour être au diapason avec les gens de la sous région. La présence de la communauté internationale est un accompagnement. Ce sont les Maliens qui doivent être à la barre, qui doivent construire, reprendre notre armée, notre système de défense et de sécurité. Quand nous parlons de refondation de l’Etat, c’est la refondation de tous ceux qui sont des instruments dits de l’Etat : la défense, la sécurité, la justice, l’Administration…”, a-t-il développé.

“La question de Kidal, c’est la question de l’Accord pour la paix qui n’était pas la bonne démarche …”

Et pourquoi l’armée malienne ne peut pas aller à Kidal ? Selon Modibo Sidibé, la question de Kidal, c’est la question de l’Accord pour la paix, les différents accords qui ont été signés dans ce cadre. “Nous l’avons dit, ce n’était pas la bonne démarche. Pas que nous sommes des va-t-en guerre. Non ! Le problème du Nord fait partie de la crise du Mali, fait partie du Mali en crise.

Pour cela, la question du Nord doit être débattue par les Maliens pour qu’ils apportent leur solution. Maintenant, il y a un Accord pour la paix qui a été signé et qui a ses contraintes. Nous avons dit en son temps de mettre en œuvre tous les volets sécuritaires de l’accord. Mais pour le côté politique, d’aller dans un dialogue national de refondation qui permettra l’appropriation et pourrait permettre au Mali d’avoir l’entièreté de son territoire progressivement et de façon solide. […] Notre système de défense doit évoluer pour essayer d’intégrer tous les moyens possibles de contrôle, à la fois terrestres et aériens en matière de technologies.

Nous devons aussi comprendre que l’aménagement du territoire de façon équilibrée, de façon équitable est la meilleure façon d’anticiper sur les conflits, c’est la meilleure façon de redistribuer la solidarité sur l’ensemble du territoire pour que chacun où il se trouve se sente partie prenante de la nation. C’est à partir de ça que la nation se construise et se consolide. Donc, il doit avoir une politique globale de notre géographie à la fois institutionnelle, sécuritaire en termes d’aménagement du territoire, en termes de réponse avec des pôles régionaux de croissance et de développement. Le Mali a des potentialités pour cela. Pour nous, l’Accord pour la paix doit avoir un souffle politique dans le dialogue national de refondation qui permettra de se réapproprier, qui permet de savoir un projet partagé d’ambition de décentralisation […] pour la création, la consolidation d’un Etat fort, d’un Etat stratège qui sera capable de contrôle l’ensemble du territoire national et de l’exploiter pour des bénéfices émergé…”, a-t-il commenté. Pour lui, le gouvernement doit avoir une politique de défense, une politique de coopération. Le Mali ne doit pas chercher une coopération pour la chercher.

Qu’est ce qui manque à l’Armée malienne qui est toujours surprise par des attaques terroristes ? D’après Modibo Sidibé, la reconstruction de l’armée malienne n’est même pas entamée pour être achevée. “Chaque fois qu’on parle de l’équipement de l’armée, on nous brandit la Loi d’orientation et de programmation militaire qui n’est qu’un instrument, un ensemble qui concourt à la mise en place d’un dispositif. Je suis désolé. Pour nous, il faut changer radicalement la gouvernance au niveau de la défense en termes de ressources, en termes opérationnels, en termes de recrutements, en termes d’équipements et de formation. Il faut mettre l’argent qu’il faut et les Maliens sont prêts à mettre l’argent qu’il faut s’il y a transparence dans cette gestion.

Et si effectivement, les ressources sont affectées à ça, nos éléments seront formés et équipés. C’est un travail de redressement de notre système de défense et de sécurité que notre armée a besoin. Nos forces de défense et de sécurité et nos populations sont dans l’incertitude. Il faut une autre façon d’agir. Nos forces armées doivent être une interopérabilité avec la Barkhane et la Minusma pour être non pas dans une position défensive, mais dans une position offensive et semi offensive. Je salue la bravoure de nos forces de défense et de sécurité pour tout ce qu’elles font. Mais il doit y avoir un maillage tactiquement et stratégiquement, financièrement soutenu.  Il faut faire en sorte que chaque opération soit montée de façon professionnelle, mais également avec discernement et professionnalisme. Car si on ne fait pas attention, nous allons créer des problèmes  aujourd’hui  soi-disant qu’ils sont des solutions tactiques, mais qui vont se révéler stratégiquement désastreux pour le pays dans les années à venir… “, a-t-il affirmé.

Sur l’accord politique et la formation du nouveau gouvernement, Modibo Sidibé a laissé entendre que le gouvernement est une équipe qui construit. Pour lui, le problème fondamental de la formation d’un gouvernement n’est pas X, Y ou Z. A ses dires, le pays a besoin d’un processus de sortie de crise. A son entendement, l’accord politique n’a pas une certaine légitimité. “[…] Nous voulons que l’occasion de changement de Premier ministre offre le terreau nécessaire pour aller dans la direction de sortie de crise. Aujourd’hui, les Maliens ont besoin de crédibilité. Un gouvernement de cette taille-là, qui n’est pas issu des conférences des forces politiques et sociales, mais qui a été sur la base d’un accord qui n’a pas une certaine légitimité, discuté avec deux groupements, n’est pas un gouvernement de mission, c’est un gouvernement de division et loin de la mission. Il fallait un gouvernement restreint, au maximum 22 ministres […]. On ne peut pas faire de résultat avec un gouvernement de cette taille”, a-t-il avancé.

Sur le sauvetage de l’année scolaire, Modibo Sidibé espère qu’elle puisse être sauvée à travers les dialogues, les discussions qui doivent permettre de déboucher sur quelque chose. Pour cela, il propose la mobilisation de tous les Maliens au chevet de l’école pour que les véritables problèmes soient débattus pour trouver des solutions.

   Siaka DOUMBIA

Aujourd’hui-Mali

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