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Corruption : Wassoul’or cité dans une affaire de blanchiment et de trafic d’influence en France

« Le parquet financier poursuit Airbus pour corruption sur un contrat au Mali », ainsi s’intitule l’article du site d’investigation Mediapart dans lequel la mine d’or de Kodiéran est cité. Lisez plutôt l’intégralité de l’article.

Selon nos informations, le parquet national financier a ouvert une enquête pour « corruption » et « blanchiment de trafic d’influence international » sur l’investissement de 14 millions d’euros réalisé par Airbus en 2012 dans une mine d’or malienne. Les magistrats soupçonnent une opération de corruption pour faciliter la vente au Mali d’hélicoptères et d’un avion militaire.

Airbus est visé par une nouvelle affaire judiciaire. Selon des informations de Mediapart et de nos partenaires suisses Tages Anzeiger et Tribune de Genève, le parquet national financier (PNF) a ouvert fin 2017 une enquête préliminaire pour « corruption d’agent public étranger », « abus de biens sociaux » et « blanchiment de trafic d’influence international » sur l’investissement douteux réalisé par Airbus dans une mine d’or au Mali. L’enquête a été confiée à l’OCLCIFF, l’office anticorruption de la PJ.

Le PNF mène déjà, avec ses homologues britanniques du Serious Fraud Office (SFO), une vaste enquête pour corruption qui vise la division avions civils d’Airbus. Contacté au sujet de l’enquête liée au Mali, le PNF s’est refusé à tout commentaire.

Cette nouvelle procédure fait suite aux révélations de Mediapart. En mars 2016, nous dévoilions qu’Airbus avait investi des millions d’euros à l’été 2012 dans la mine d’or de Kodiéran, au sud du Mali. Elle est exploitée par une société locale nommée Wassoul’or, contrôlée par l’homme d’affaires et homme politique malien Aliou Diallo. Coïncidence : Airbus a vendu par la suite des hélicoptères Super Puma et un avion de transport militaire au Mali.

L’investissement d’Airbus est d’autant plus étrange que la mine a multiplié les déboires industriels et financiers, et tourne aujourd’hui encore au ralenti. Une première information judiciaire pour « escroquerie », toujours en cours, a d’ailleurs été ouverte en 2016 par le parquet de Paris, suite une plainte déposée par des actionnaires qui ont perdu la quasi-totalité de leur mise.

Suite à nos révélations, Tracfin, l’office de renseignement de Bercy, a envoyé au PNF un signalement confirmant nos informations, ce qui a provoqué l’ouverture de la seconde enquête judiciaire pour corruption.

Tracfin chiffre à 14 millions d’euros la somme injectée dans la mine par l’avionneur, et dont Aliou Diallo « semble avoir bénéficié ». Toujours selon Tracfin, l’investissement d’Airbus
« pourrait en réalité dissimuler le financement des activités politiques de M. Diallo, proche soutien de M. Ibrahim Boubacar Keïta (président du Mali depuis le 4 septembre 2013), dont la contrepartie aurait pu être […] la vente d’avions et d’hélicoptères pour un montant total de plus de 100 millions d’euros », écrit le PNF dans un document consulté par Mediapart.

Tracfin confirme également le rôle d’Olivier Couriol dans la circulation des fonds. Ce sulfureux financier franco-suisse, cité dans plusieurs affaires judiciaires, travaille notamment avec Aliou Diallo. Il avait orchestré des mouvements suspects de titres de Pearl Gold, une société allemande actionnaire de la mine, via des structures offshore immatriculées aux îles Vierges britanniques et aux Émirats arabes unis, dotées de comptes à la banque Sarasin de Genève.

Le parquet de Genève avait d’ailleurs lui aussi ouvert, il y a deux ans, une enquête pour corruption visant l’investissement d’Airbus dans la mine malienne, après avoir saisi les relevés bancaires des comptes gérés par Olivier Couriol dans le cadre d’un autre dossier.

Du côté d’Airbus, l’opération a été gérée par Laurent Mischler et son chef Olivier Brun, l’homme en charge des paiements et des montages financiers au sein du SMO-IO, le service qui gérait les intermédiaires d’Airbus, aujourd’hui au cœur de la vaste enquête franco-britannique sur les ventes d’avions civils.

Selon nos informations, Olivier Brun a été auditionné en qualité de prévenu en décembre 2017 par le procureur genevois en charge de l’enquête malienne. « Il n’a plus été entendu ni informé de la suite de l’instruction depuis lors. En tout état, Monsieur Brun conteste avoir commis la moindre malversation », nous a indiqué son avocat suisse.

Selon nos informations, le parquet de Genève envisage désormais de se dessaisir de l’enquête au profit du parquet national financier français.

Contacté par Mediapart dans le cadre de notre premier article, Airbus s’était refusé à tout commentaire. Aliou Diallo, actionnaire majoritaire de la mine et candidat malheureux à l’élection présidentielle malienne de 2018 (il a obtenu 8 % des voix), avait démenti tout enrichissement personnel et tout lien avec Airbus.

Il nous avait indiqué n’avoir jamais été « informé […] d’une prise de participation de la société EADS [l’ancien nom d’Airbus – ndlr] dans la société Pearl Gold », elle-même actionnaire de Wassoul’or, qui exploite le gisement de Kodiéran. Il affirme que l’intégralité des fonds recueillis par Wassoul’or à l’époque a été réinvestie dans la mine. Aliou Diallo ajoute qu’il n’a « jamais été impliqué dans un marché d’État » au Mali et qu’il n’a pas été le « facilitateur » des contrats obtenus par Airbus, dont il n’a « jamais été informé de l’existence ».

Cette enquête a été réalisée avec le groupe de médias suisse Tamedia (Tribune de Genève/Tages Anzeiger), partenaire de Mediapart au sein du réseau European Investigative Collaborations (EIC).

Source: Azalaï-Express

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