Le bras de fer entre le Gouvernement sénégalais et sa majorité parlementaire autour du projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 se poursuit. Réuni ce 30 octobre 2026, le Groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes a de nouveau rejeté le texte, estimant que les réponses du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan ne lèvent pas les principales zones d’ombre du document budgétaire.
Le désaccord persiste au sein de la majorité parlementaire sénégalaise. Le projet de loi de finances rectificative pour l’année 2026 (PLFR) vient d’essuyer un nouveau rejet de la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire. À l’issue de sa séance du 30 octobre 2026, celle-ci a décidé, à la majorité, de ne pas approuver le texte, malgré le renvoi sollicité précédemment par le Gouvernement.
Dans un communiqué rendu public à Dakar, le même jour, le Groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes justifie cette position par l’insuffisance des réponses apportées par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan aux préoccupations soulevées dans le mémorandum de la Commission, daté du 26 octobre.
Pour les députés de la majorité, les explications gouvernementales ne répondent pas aux interrogations fondamentales. Plus encore, ils déplorent que l’Exécutif n’ait apporté aucune modification au projet de PLFR présenté lors du premier examen en Commission. « Les réponses apportées le 30 octobre 2026 […] demeurent insuffisantes et insatisfaisantes », tranche le communiqué. Une appréciation qui traduit la persistance des divergences entre les parlementaires et le Gouvernement sur les orientations budgétaires retenues pour l’exercice 2026.
Cinq principaux points de désaccord
Les griefs formulés par PASTEF-Les Patriotes portent essentiellement sur cinq questions. La première concerne la sincérité des prévisions budgétaires, notamment en ce qui concerne le déficit et la dette. Les parlementaires semblent ainsi contester la cohérence des données présentées par le Gouvernement et leur capacité à refléter fidèlement la situation des finances publiques.
Le deuxième point de friction porte sur l’efficacité des mesures annoncées pour lutter contre la cherté de la vie et préserver le pouvoir d’achat des populations. Pour le groupe parlementaire, les dispositions contenues dans le PLFR ne répondent pas suffisamment aux difficultés économiques et sociales auxquelles les Sénégalais sont confrontés.
À cela s’ajoutent les interrogations sur les choix opérés en matière d’investissement public et leur adéquation avec les priorités sociales. Les députés dénoncent, à ce niveau, une incohérence entre les allocations budgétaires et les besoins jugés prioritaires pour les populations.
La transparence budgétaire au cœur du bras de fer
L’autre pomme de discorde concerne le déficit de transparence reproché au Gouvernement. PASTEF-Les Patriotes dénonce notamment le refus persistant de transmettre plusieurs documents considérés comme indispensables à une bonne compréhension du projet de loi.
Parmi les pièces réclamées figurent le rapport du cabinet Forvis Mazars, le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) sur la dette non financière, le rapport d’exécution budgétaire de septembre 2026 ainsi que la liste des sociétés nationales et établissements publics (SNPE) bénéficiaires de transferts au titre de l’année 2026. Pour les parlementaires, l’absence de ces documents limite leur capacité à apprécier pleinement les choix budgétaires du Gouvernement et à exercer efficacement leur mission de contrôle.
Le groupe parlementaire pointe également le refus de rationaliser les agences publiques et d’encadrer les fonds spéciaux. Deux questions qui renvoient, selon les préoccupations soulevées, à la nécessité d’une meilleure maîtrise des dépenses publiques et d’une gestion plus rigoureuse des ressources de l’État.
PASTEF maintient la porte du dialogue ouverte
Face à ce qu’il qualifie de position rigide du Gouvernement, le Groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes maintient son refus d’adopter le PLFR en l’état. Il estime que les conditions ne sont pas réunies pour donner son aval à un texte qui, à ses yeux, ne répond ni aux exigences de transparence ni aux impératifs de réalisme budgétaire.
Toutefois, les députés n’entendent pas fermer définitivement la porte aux discussions. Ils réaffirment leur disponibilité à engager un dialogue constructif avec l’Exécutif afin de parvenir à un compromis. « Nous réitérons notre disponibilité à un dialogue constructif afin de parvenir à un budget sincère, réaliste et orienté vers les préoccupations économiques et sociales prioritaires des Sénégalais », assure le groupe parlementaire.
Ce nouvel épisode met en évidence les tensions autour de la gestion des finances publiques au Sénégal. Il place désormais le Gouvernement face à un défi politique et budgétaire : convaincre ses propres parlementaires de la pertinence de ses arbitrages ou consentir à revoir sa copie pour obtenir leur adhésion.
En attendant, le PLFR 2026 reste au cœur d’un bras de fer dont l’issue dépendra largement de la capacité des deux parties à dépasser leurs divergences.
Issa TANGARA / Icimali.com






