Chahana Takiou Directeur de publication du journal « 22 Septembre » et Abderhmane Keïta, Directeur de publication du journal « Le Témoin »
Le paysage médiatique malien est secoué par l’incarcération successive de deux directeurs de publication. Après Chahana Takiou du journal 22 Septembre le lundi 8 juin, c’est au tour d’Abderhmane Keïta, Directeur de publication du journal Le Témoin, d’être placé sous mandat de dépôt ce mardi 9 juin 2026 par le Procureur de la République près le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité. Face à cette situation, la Maison de la Presse et les organisations professionnelles des médias expriment leur vive préoccupation et dénoncent une atteinte aux libertés fondamentales.
Dans son communiqué N°009-2026-CP-MP signé par son président Bandiougou Danté, la Maison de la Presse informe l’opinion nationale et internationale de la mise sous mandat de dépôt du journaliste Abderhmane Keïta, Directeur de publication du journal Le Témoin.
Selon le communiqué, le journaliste est poursuivi pour des faits qualifiés de « délit à caractère régionaliste qui tend à porter atteinte à l’unité nationale et au crédit de l’État » ainsi que pour « publication et diffusion d’informations fausses et trompeuses dans l’intention que ces informations soient considérées comme authentiques par le biais d’un système d’information ».
Son procès est prévu pour le 17 août 2026.
Prenant acte de la décision judiciaire, la Maison de la Presse a néanmoins exprimé ses inquiétudes. « Nous réaffirmons notre attachement à la liberté de la presse, à la liberté d’expression et au droit à l’information », indique le communiqué.
L’organisation appelle également « au respect des droits de la défense et à la tenue d’un procès juste et équitable ».
La faîtière des médias invite par ailleurs les professionnels de l’information à demeurer « solidaires, responsables et attachés à la défense des libertés fondamentales ».
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Chahana Takiou écroué après le Forum panafricain des médias
La veille, le journaliste Chahana Takiou, Directeur de publication du bihebdomadaire 22 Septembre, avait lui aussi été placé sous mandat de dépôt par le même parquet spécialisé.
Dans son communiqué N°008-2026-CP-MP, la Maison de la Presse précise que le journaliste est poursuivi pour des faits présumés « d’atteinte au crédit de l’État » à travers l’institution judiciaire.
L’organisation professionnelle souligne que les faits reprochés au confrère seraient intervenus lors des activités du Forum panafricain des médias (FOPAME), organisé à Bamako du 3 au 6 juin 2026.
Face à cette arrestation, la Maison de la Presse n’a pas caché son incompréhension. « Nous exprimons notre incompréhension et notre profonde préoccupation à la suite de l’incarcération du journaliste pour des propos qui lui sont reprochés », affirme le communiqué.
Pour les organisations professionnelles des médias, cette affaire constitue « un signal particulièrement préoccupant pour l’ensemble de la profession » et risque de compromettre les efforts entrepris pour améliorer l’image du Mali dans un contexte de crise multidimensionnelle.
La profession médiatique sur le qui-vive
Au-delà des cas individuels, la Maison de la Presse estime que ces deux mandats de dépôt soulèvent des interrogations sur l’exercice de la liberté d’expression et de la liberté de la presse dans le pays. Dans le cas de Chahana Takiou, les organisations professionnelles vont jusqu’à condamner « avec fermeté ce mandat de dépôt qui ternit l’image de la Justice, de la Presse et de notre pays après la première édition d’un Forum international bien réussi ».
Elles appellent enfin les acteurs des médias à rester mobilisés. « La Maison de la Presse invite l’ensemble des acteurs des médias à rester mobilisés en vue des actions futures qui seront entreprises contre cette atteinte flagrante et grave à la liberté d’opinion et de Presse », conclut le communiqué.
L’incarcération en l’espace de deux jours de deux figures de la presse écrite malienne ouvre ainsi un nouveau débat sur les rapports entre justice, liberté d’expression et responsabilité des médias, dans un contexte où les organisations professionnelles réclament le respect des garanties fondamentales accordées aux journalistes.
Mariam DOUMBIA




