Sory I. Cissé, président du Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ-Mali), et Mme Fanta Alphadi, experte en communication, entrepreneure et actrice des médias
Ce samedi 3 octobre 2026, l’Espace Ürgol Café a accueilli une conférence consacrée à la résilience, à l’engagement et à la reconstruction du Mali avec les femmes. Autour du thème « Rester debout : résilience, engagement et reconstruction du Mali avec les femmes », Sory I. Cissé, président du Conseil national de la jeunesse du Mali (CNJ), et Mme Fanta Alphadi, experte en communication, entrepreneure et actrice des médias, ont échangé avec un public composé majoritairement de jeunes.
L’Espace Ürgol Café était animé, ce samedi 3 octobre, dans le cadre des « Conférences Jeunesse et Expertise », par une jeunesse venue nombreuse écouter et échanger autour d’un sujet au cœur des préoccupations nationales. La conférence, placée sous le signe de la résilience et de l’engagement, a permis d’aborder plusieurs questions : la responsabilité de la jeunesse dans la construction du pays, l’entrepreneuriat, la formation professionnelle, la citoyenneté, la communication sur les réseaux sociaux et, surtout, la place des femmes dans la reconstruction du Mali. Pendant deux heures, les deux conférenciers ont livré leurs analyses et lancé un appel à la responsabilité, à l’initiative et à la persévérance.
Prenant la parole, Sory I. Cissé, président du CNJ a d’abord rappelé la mission de son organisation dans la mobilisation et l’encadrement de la jeunesse à travers le pays. « Le Conseil national de la jeunesse du Mali joue le rôle d’acteur fédérateur dans l’engagement des jeunes. Nous sommes dans les communes et les villages du Mali », a-t-il déclaré.
Selon lui, le CNJ mène des activités et accompagne différentes initiatives en faveur de la jeunesse. Dans le contexte actuel, il estime que les jeunes doivent surtout se considérer comme des acteurs de la construction nationale. « Les jeunes ne doivent pas demander ce que le pays va leur faire, mais plutôt ce qu’ils peuvent faire pour leur pays », a-t-il lancé.
M. Cissé estime que la trajectoire engagée par les autorités de la Transition exige des sacrifices et une implication collective. La jeunesse, souligne-t-il, doit jouer pleinement son rôle de veille et d’accompagnement. « Nous avons pris l’engagement de redorer le blason du Mali », a-t-il affirmé.
Une jeunesse mobilisée face aux difficultés
Le président du CNJ a également évoqué l’implication de la jeunesse dans la gestion de certaines difficultés auxquelles le pays est confronté. Il a notamment cité la crise du carburant, au cours de laquelle des jeunes se sont mobilisés pour informer et sensibiliser la population. « La jeunesse s’est engagée à sensibiliser, à faire sortir des bulletins d’information chaque matin pour informer la population sur les stations qui sont en service », a-t-il expliqué.
Pour Sory I. Cissé, cette mobilisation illustre la nécessité pour la société civile de participer aux efforts nationaux. « Nous nous sommes dit au CNJ que nous sommes des acteurs de la mise en œuvre de la politique de l’État. Il faut donc accompagner l’État », a-t-il souligné.
Le leader de la jeunesse malienne a rappelé que le CNJ travaille dans les différentes régions du pays, en tenant compte des réalités propres à chaque localité. « Au Mali, chaque région a sa spécificité. Nous sommes de la société civile et nous travaillons à accompagner le gouvernement », a-t-il précisé.
Cette collaboration, selon lui, se fait de manière transversale avec différents départements ministériels. Le président du CNJ considère ainsi la jeunesse comme « une pièce maîtresse » dans la mise en œuvre des actions publiques.
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Formation pratique et entrepreneuriat
L’un des principaux défis évoqués au cours de la conférence concerne l’emploi et l’autonomisation économique des jeunes. Pour le président du CNJ, l’accompagnement doit commencer par l’identification des talents et leur orientation vers des secteurs porteurs. « Nous cherchons à détecter les talents et à solliciter le ministère de l’Emploi pour accompagner ces talents dans l’entrepreneuriat », a-t-il expliqué. Avant d’inviter les jeunes à s’intéresser davantage à la reconversion professionnelle, au réseautage et à l’entraide.
Il a également évoqué les initiatives et programmes destinés à créer des espaces d’échanges avec les jeunes, leur permettre de trouver des modèles, de développer leurs réseaux et de mieux préparer leur avenir.
Pour lui, le système éducatif doit également évoluer afin de mieux répondre aux réalités du marché du travail. « Le système scolaire classique ne marche plus. Il faut un système pratique qui permette aux jeunes d’avoir un métier », a-t-il estimé. Il préconise ainsi de renforcer la formation professionnelle et l’apprentissage pratique dès l’école. Une évolution qui, reconnaît-il, se heurte parfois aux mentalités de certains parents qui continuent de privilégier les parcours scolaires classiques.
Au-delà de la formation et de l’emploi, Sory I. Cissé a insisté sur l’importance de la citoyenneté. « La construction citoyenne est le soubassement de l’engagement de tous les jeunes », a-t-il rappelé.
La communication, un autre front de la crise
À son tour, Mme Fanta Alphadi a placé la communication au centre des enjeux actuels. Pour l’experte en communication et actrice des médias, le Mali fait face à une véritable bataille informationnelle. « La guerre communicationnelle est une grande guerre à laquelle le Mali fait face », a-t-elle déclaré.
Elle invite notamment les jeunes à utiliser les réseaux sociaux de manière plus responsable afin de valoriser les initiatives positives et de contribuer à lutter contre la désinformation. « On peut aider le Mali en mettant les activités sur les plateformes de réseaux sociaux pour contribuer à éliminer la désinformation », a-t-elle expliqué.
Pour elle, les réseaux sociaux ne doivent pas être uniquement considérés comme des espaces de divertissement. Ils peuvent également servir à informer, sensibiliser, promouvoir les initiatives locales et donner davantage de visibilité aux talents maliens.
Briser les barrières et oser entreprendre
L’intervention de Mme Fanta Alphadi a également été largement consacrée à la place des femmes dans la société et, particulièrement, dans l’entrepreneuriat. Elle a dénoncé les représentations qui tendent à réduire la femme à son apparence physique, au détriment de ses capacités intellectuelles et professionnelles. Car, regrette-t-elle, la femme malienne est souvent considérée comme un objet esthétique. « Il faut plutôt mettre en avant son intelligence. Les femmes doivent s’engager et entreprendre », a-t-elle plaidé.
Selon elle, les femmes sont confrontées à de nombreuses difficultés lorsqu’elles souhaitent prendre des initiatives ou s’imposer dans le monde professionnel. Les pesanteurs sociales, le regard des générations plus âgées et certains comportements masculins constituent des freins à leur épanouissement. « Il est très difficile pour une femme de prendre des initiatives », a-t-elle reconnu, tout en appelant les femmes à ne pas renoncer face aux obstacles.
Pour réussir, estime-t-elle, la femme doit accepter le temps de l’apprentissage, de l’effort et de la construction. « Pour une femme qui veut réussir, il y a deux chemins : celui de la facilité et celui de l’engagement », a-t-elle expliqué. Le premier peut donner des résultats rapides, mais le second, selon elle, permet de construire quelque chose de durable. « Tout ce qui va durer se construit lentement », a-t-elle ajouté.
Être focus et ne pas se comparer
Mme Fanta Alphadi a également appelé les femmes/jeunes filles à faire preuve de détermination et à redoubler d’efforts dans un environnement qu’elle juge parfois plus exigeant à leur égard. « Il faut faire le triple de l’effort que les hommes font dans le secteur de l’entrepreneuriat », a-t-elle pesté.
L’entrepreneure invite les jeunes femmes à rester concentrées sur leurs objectifs, malgré les distractions et les pressions sociales. « Les jeunes filles doivent éviter de se comparer aux autres. Elles doivent prendre l’initiative personnelle d’avancer pas à pas, à leur rythme, jusqu’à la réussite », a-t-elle conseillé.
Au terme des échanges, un message commun s’est dégagé : face aux difficultés, la jeunesse malienne doit refuser le découragement et choisir l’engagement. Mme Alphadi a appelé les jeunes à garder confiance en leur avenir et à prendre des initiatives malgré les obstacles. « Nous encourageons la jeunesse malienne à rester engagée pour le Mali. Elle doit garder l’espoir », a-t-elle déclaré.
Car, selon elle, la société peut parfois décourager les jeunes au lieu de les encourager à entreprendre. « Il ne faut pas être dans le suivisme. La société n’encourage pas toujours. Il faut entreprendre. Il faut s’engager », a-t-elle martelé.
À l’Espace Ürgol Café, cette rencontre aura ainsi servi de tribune pour rappeler que la reconstruction du Mali ne relève pas uniquement des institutions. Elle passe aussi par l’engagement quotidien des citoyens, l’initiative de la jeunesse et la pleine participation des femmes à la vie économique et sociale. Un appel à « rester debout », donc, mais surtout à agir, entreprendre et croire en la capacité collective à construire un Mali plus résilient.
Cyril Roc DACK / Icimali.com




