Conseillers du CNT Mali
La rentrée parlementaire est officiellement ouverte au Mali. Ce lundi 5 octobre 2026, le président du Conseil national de Transition (CNT), Malick Diaw, a présidé la cérémonie d’ouverture de la session ordinaire d’octobre, dite session budgétaire. Devant le Premier ministre, Général de Division Abdoulaye Maïga, les membres du Gouvernement, les présidents des institutions, les représentants du corps diplomatique, les responsables militaires et plusieurs personnalités, le président du CNT a livré un discours largement consacré aux grands défis du pays et aux responsabilités qui attendent les parlementaires.
D’emblée, Malick Diaw a insisté sur le caractère particulier de cette session qui doit notamment examiner et voter le projet de loi de finances pour 2027. Pour lui, le rendez-vous parlementaire doit permettre de transformer les orientations nationales en choix budgétaires concrets. « C’est le moment où les chiffres deviennent des choix, les choix deviennent des engagements et chaque engagement devient une obligation », a-t-il déclaré, appelant à l’élaboration d’un budget « équilibré et flexible », capable de répondre aux aspirations des populations.
Avant d’aborder les grands enjeux de la session, le président du CNT a rendu un hommage appuyé au Général d’Armée Sadio Camara, décédé lors des événements du 25 avril 2026. Dans une séquence particulièrement solennelle, Malick Diaw a salué la mémoire de celui qu’il présente comme un serviteur de la Nation tombé « les armes à la main ». Il a assuré que son sacrifice ne serait pas oublié et a appelé à poursuivre le combat engagé pour le pays. « Les rudes épreuves forgent les grandes nations », a-t-il lancé, affirmant la détermination des autorités à poursuivre leur action en faveur du Mali.
Une large partie du discours du Gal Diaw a été consacrée aux difficultés récemment rencontrées par le pays, notamment dans l’approvisionnement en hydrocarbures et en électricité. Le président du CNT a évoqué les longues files d’attente devant les stations-service, les spéculations et les malversations qui ont éprouvé la patience des populations. Mais il a surtout insisté sur la capacité de résilience des Maliens.
Selon lui, la situation de l’approvisionnement s’est progressivement améliorée et la fourniture d’électricité est également revenue à un niveau plus satisfaisant. Il a salué les efforts du Gouvernement, mais aussi ceux des transporteurs, chauffeurs et apprentis qui ont continué à assurer les convois malgré les risques.
Les Forces armées maliennes (FAMa), engagées dans l’escorte des camions et des citernes, ont également reçu les félicitations du président du CNT. Dans ce contexte, Malick Diaw a réaffirmé son soutien aux mesures prises pour renforcer l’outil de défense, citant notamment l’inauguration des locaux du Bataillon autonome des Forces spéciales et celle de la Polyclinique des Armées rénovée et équipée d’un plateau technique moderne.
Sécurité
Le président du CNT a également consacré un important volet de son intervention à la situation sécuritaire dans le pays et dans l’espace de la Confédération des États du Sahel. Pour lui, la lutte contre le terrorisme dépasse les frontières nationales et s’inscrit dans un contexte géostratégique plus large. Il a réaffirmé le soutien du Parlement aux Forces de défense et de sécurité maliennes ainsi qu’aux forces unifiées de la Confédération. « Derrière chaque soldat qui se bat, il y a un peuple tout entier qui se tient debout », a-t-il affirmé.
Dans cette logique, Malick Diaw a rappelé la tenue, à Niamey, de la session inaugurale et de la première session ordinaire des parlements de la Confédération des États du Sahel, du 24 au 29 août 2026. Il a présenté cette rencontre comme une étape institutionnelle majeure, estimant que les représentants des trois pays ne se réunissent plus seulement comme des voisins, mais comme les membres d’une même famille politique. Les échanges ont notamment porté sur la sécurité, la coopération policière, le partage du renseignement, la libre circulation des personnes et des biens ainsi que l’information et les médias.
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Évoquant les événements survenus au Niger pendant cette rencontre parlementaire, Malick Diaw a dénoncé une tentative de déstabilisation et salué le professionnalisme des forces nigériennes. Il a surtout appelé les populations du Burkina Faso, du Mali et du Niger à rester vigilantes face aux campagnes de désinformation et aux tentatives de division. « La bataille pour la stabilité de notre espace confédéral ne se livre pas seulement sur le terrain militaire. Elle se livre aussi sur le front de l’information », a-t-il prévenu.
La question de l’approvisionnement a également été abordée sous l’angle des corridors commerciaux. Une délégation du CNT s’est rendue dans les entrepôts maliens des ports de Dakar, Abidjan et Lomé afin d’évaluer les conditions de stockage des marchandises et les difficultés pouvant affecter les échanges.
Pour Malick Diaw, la position enclavée du Mali rend les corridors particulièrement stratégiques. « Pays sans littoral, le Mali respire par ses corridors », a-t-il souligné, appelant à une gestion rigoureuse, transparente et efficace des stocks stratégiques.
Le président du CNT a également fait état des missions effectuées dans le secteur rural, notamment auprès des agriculteurs, des éleveurs et des pêcheurs, ainsi que des rencontres avec différentes composantes de la société.
Budget 2027
C’est toutefois le projet de loi de finances 2027 qui constituera le principal morceau de cette session parlementaire. Malick Diaw a rappelé que la session d’octobre est consacrée par la Constitution à l’examen du budget de l’État. Plus d’une trentaine de projets de loi sont également inscrits à l’ordre du jour des commissions, auxquels s’ajoutent plusieurs textes organiques concernant notamment la Cour constitutionnelle, la Cour suprême, la Cour des comptes, le Conseil supérieur de la Magistrature et les langues nationales.
Mais le budget devrait concentrer l’essentiel des débats. Le président du CNT a voulu rappeler que derrière les chiffres budgétaires se trouvent les réalités quotidiennes des Maliens : une salle de classe, un centre de santé, un forage, une route ou encore la prise en charge des militaires engagés pour la défense du territoire. « Un budget n’est pas un empilement de chiffres. Chaque ligne de la loi de finances est une promesse faite au peuple malien », a-t-il insisté.
Le passage au budget-programme doit également, selon lui, renforcer l’exigence de résultats. Les parlementaires devront donc examiner non seulement les montants alloués, mais aussi les objectifs et les indicateurs de performance. La question centrale, résume Malick Diaw, n’est plus seulement de savoir « combien dépense-t-on ? », mais « pour quoi faire, et avec quels résultats ? »
Défense ou développement
Le président du CNT reconnaît que le budget 2027 sera élaboré dans un contexte particulièrement contraint. Le Mali doit continuer à mobiliser des ressources importantes pour assurer sa défense, tout en répondant aux attentes de la population dans des secteurs essentiels comme l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie et l’emploi. « Défendre le territoire et nourrir l’espérance ne sont pas des priorités concurrentes », a-t-il déclaré, invitant les parlementaires à veiller au respect de cet équilibre lors de l’examen du budget.
Il a également rappelé le lien entre le débat d’orientation budgétaire tenu en juin et l’examen du projet de loi de finances en octobre. « En juin, nous avons débattu du cap. En octobre, nous votons la route », a-t-il résumé, appelant les élus à vérifier la cohérence entre les orientations précédemment débattues et les chiffres désormais soumis à leur examen.
L’école au cœur des préoccupations
Au-delà des questions budgétaires et sécuritaires, le président du CNT a consacré une séquence forte à l’éducation. Alors que l’année scolaire et universitaire vient de commencer, il a plaidé pour la réouverture des écoles affectées par l’insécurité et pour un retour durable des élèves dans les salles de classe. Dans une formule imagée, il a fait parler un enfant malien : « Je ne vous demande ni discours ni promesses. Je vous demande un maître, un banc, un cahier, et la paix pour apprendre. »
Pour Malick Diaw, chaque école rouverte dans une zone touchée par l’insécurité doit être considérée comme « une victoire de la République ».
Il a également mis en avant la formation scientifique et technologique de la jeunesse, saluant l’inauguration du Centre d’Intelligence artificielle et de Robotique du Mali, le CIAR-Mali, le 21 septembre 2026.
Par ailleurs, dans son discours, le président du CNT n’a pas oublié les performances sportives de la jeunesse malienne. Il a salué les basketteuses maliennes U18, victorieuses de l’Afrobasket féminin U18 à Abidjan le 16 août 2026. Avec ce nouveau sacre, les jeunes Maliennes ont conservé leur titre continental pour la troisième fois consécutive et décroché leur dixième couronne africaine.
Cette performance illustre, selon Malick Diaw, le potentiel de la jeunesse malienne lorsqu’elle bénéficie des conditions nécessaires pour exprimer son talent.
« Contrôler, c’est servir »
Sur le plan international, Malick Diaw a appelé à privilégier le dialogue face à la multiplication des conflits. Il a estimé que la recomposition géopolitique mondiale impose aux pays africains de renforcer leur capacité d’adaptation et de développer une nouvelle génération de responsables.
Le président du CNT a également évoqué la relance des relations entre le Mali et l’Algérie, à la faveur des récentes visites des responsables des deux pays. Il a présenté cette évolution comme un signe de consolidation des relations entre deux peuples liés par l’histoire et la géographie.
À l’endroit de ses collègues parlementaires, Malick Diaw a lancé un appel à l’assiduité, à la rigueur et à la responsabilité. Il a rappelé que le contrôle de l’action gouvernementale ne doit pas être assimilé à une opposition systématique à l’Exécutif. « Contrôler n’est pas s’opposer. Contrôler, c’est servir », a-t-il martelé.
Une formule qui résume l’une des ambitions affichées pour cette session : faire du contrôle parlementaire un instrument d’amélioration de l’action publique.
Unité pour bâtir le « Mali Kura »
En conclusion de son discours, le président du CNT a replacé l’ensemble des enjeux dans une perspective nationale. Il a appelé les Maliens à rester attachés à leurs racines historiques tout en regardant vers l’avenir. Kouroukan Fouga, les manuscrits de Tombouctou, le courage des pères et la patience des mères ont été évoqués comme autant de fondements de la résilience nationale.
À l’occasion du Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion, il a également appelé à une mobilisation collective en faveur des populations vulnérables.
Puis, reprenant la devise nationale, Malick Diaw a donné à son discours une tonalité de serment : un peuple, un but, une foi.
Le président du CNT a ainsi appelé les Maliens à avancer dans l’unité et la solidarité, convaincu que l’avenir du pays repose sur la capacité de ses filles et de ses fils à transformer les épreuves en force collective.
C’est sur cette note qu’il a officiellement déclaré ouverte la session ordinaire d’octobre 2026 du Conseil national de Transition, une session dont les débats seront largement dominés par le budget 2027 et les choix qui engageront le pays pour l’année à venir.
Cyril Roc DACK / Icimali.com




