Ministres africains chargés du Commerce
En prélude à la 14ᵉ Conférence ministérielle (CM14) de l’Organisation mondiale du commerce, prévue les 26 et 27 mars 2026 à Yaoundé, au Cameroun, les ministres africains chargés du Commerce se sont réunis pour harmoniser leurs positions et parler d’une seule voix sur les grandes priorités du continent.
Cette rencontre stratégique intervient dans un contexte où l’Afrique ne représente encore que 3 % du commerce mondial et où le commerce intra-africain plafonne à 16 %, des chiffres qui illustrent l’ampleur des défis à relever.
Au cœur des échanges, la nécessité de repositionner le continent dans les chaînes de valeur mondiales et de défendre un système commercial multilatéral plus équitable. Le Groupe africain plaide pour « un système commercial multilatéral plus équilibré et véritablement favorable au développement du continent », ont souligné plusieurs intervenants, insistant sur l’urgence de réformes structurelles au sein de l’Organisation mondiale du commerce.
Pour les ministres, la CM14 de Yaoundé doit marquer un tournant : celui d’une Afrique force de proposition, défendant ses intérêts stratégiques dans un environnement commercial mondial en recomposition.
L’industrialisation et la diversification économique figurent en tête des priorités. Les pays africains restent largement dépendants de l’exportation de matières premières brutes, avec une faible transformation locale.
Les ministres ont insisté sur la nécessité de politiques commerciales compatibles avec l’industrialisation du continent. « Sans transformation locale, il ne peut y avoir de développement durable », a confié un participant aux travaux.
L’objectif est clair : obtenir davantage de flexibilité dans l’application des règles commerciales internationales afin de soutenir les industries naissantes, promouvoir la valeur ajoutée locale et renforcer l’intégration régionale.
Sécurité alimentaire et agriculture
Autre dossier majeur, la sécurité alimentaire et l’agriculture. En effet, dans un contexte marqué par les crises climatiques, les chocs géopolitiques et la volatilité des prix, les ministres africains ont réaffirmé l’importance d’un traitement spécifique pour les politiques agricoles des pays en développement.
Le continent entend défendre des mécanismes lui permettant de soutenir ses producteurs, constituer des stocks alimentaires publics et protéger ses marchés contre les distorsions liées aux subventions massives accordées par les pays développés.
Le traitement spécial et différencié (TSD) demeure un pilier central des revendications africaines, à consolider. Les ministres ont souligné que les pays africains, en raison de leurs niveaux de développement et de leurs vulnérabilités structurelles, doivent bénéficier de dispositions spécifiques leur permettant d’appliquer les accords commerciaux à un rythme adapté à leurs réalités.
Pour le Groupe africain, le TSD ne doit pas être affaibli mais renforcé, afin d’éviter que les règles commerciales internationales ne creusent davantage les inégalités.
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Commerce des services et numérique
Les discussions ont également porté sur le commerce des services et l’économie numérique, secteurs à fort potentiel pour la jeunesse africaine. Avec l’essor des fintech, du e-commerce et des services numériques transfrontaliers, le continent cherche à s’assurer que les nouvelles règles internationales prennent en compte ses besoins en matière de transfert de technologies, de protection des données et de développement des infrastructures numériques.
L’ambition est d’éviter une fracture numérique accrue et de permettre aux économies africaines de capter une part significative de la valeur générée par l’économie digitale mondiale.
Subventions à la pêche
La question des subventions à la pêche a également occupé une place importante dans les débats. Les pays africains, dont de nombreuses communautés dépendent directement de la pêche artisanale, plaident pour des règles qui tiennent compte de leurs capacités limitées et de leurs besoins en matière de développement.
Ils souhaitent éviter que des disciplines trop strictes ne pénalisent leurs pêcheurs, tout en soutenant les efforts de durabilité et de lutte contre la surpêche.
Réforme de l’OMC et statut de l’Union Africaine
Au-delà des dossiers sectoriels, les ministres ont discuté des réformes globales de l’Organisation mondiale du commerce, notamment pour rendre son fonctionnement plus inclusif et plus sensible aux préoccupations des pays en développement.
Un autre point stratégique concerne le statut d’observateur de l’Union africaine auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Les ministres estiment qu’une représentation institutionnelle renforcée du continent permettrait de mieux coordonner les positions africaines et de peser davantage dans les négociations multilatérales.
Parler d’une seule voix à Yaoundé
À quelques semaines de la CM14, l’enjeu est désormais de consolider cette unité. Face à une mondialisation en mutation, marquée par la montée des tensions commerciales et des politiques protectionnistes, l’Afrique entend défendre une vision claire : celle d’un commerce international au service du développement, de l’industrialisation et de la réduction de la pauvreté.
Avec seulement 3 % des échanges mondiaux et un commerce intra-africain encore limité à 16 %, le continent mesure le chemin à parcourir. Mais à travers cette réunion préparatoire, il affiche aussi une ambition renouvelée : transformer sa marginalisation en levier d’action collective.
La CM14 de Yaoundé s’annonce ainsi comme un rendez-vous crucial pour l’avenir commercial du continent africain.
Cyril Roc DACK




