Dans une lettre ouverte adressé au ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne, Mamadou Sow, Président de l’Espérance Football Club de Médine, dénonce une crise de gouvernance à la Fédération malienne de football (FEMAFOOT) et un « échec sportif », avant de constater l’« impératif de normalisation ». Lisez.
| REPUBLIQUE DU MALI UN PEUPLE – UN BUT – UNE FOI Lettre ouverte à Monsieur le Ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de l’Instruction civique et de la Construction citoyenne Objet : Crise de gouvernance à la FEMAFOOT, échec sportif et impératif de normalisation Monsieur le Ministre, Permettez-moi, par la présente, d’attirer solennellement votre attention sur la situation extrêmement préoccupante que traverse le football malien, tant sur le plan institutionnel que sportif, à la suite de l’élimination des Aigles du Mali par le Sénégal (0-1) en quart de finale de la Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025. Cette élimination, aussi douloureuse soit-elle, ne saurait être analysée comme un simple accident de parcours. Elle s’inscrit dans une longue série de contre-performances et d’absences de résultats significatifs sur la scène continentale et internationale. Depuis plusieurs années, le football malien stagne, recule et peine à franchir un palier, malgré un potentiel humain indéniable. Ces échecs sportifs répétés sont le reflet direct d’un mal plus profond : une gouvernance défaillante, minée par des pratiques contraires aux textes, à l’éthique et à l’intérêt général. À mon humble avis, vous êtes, en votre qualité de Ministre en charge des Sports, le premier garant du respect des textes régissant les fédérations sportives nationales. Or, dans le cas de la Fédération malienne de football (FEMAFOOT), ces textes sont aujourd’hui ouvertement bafoués au profit d’un système verrouillé, marqué par une corruption devenue structurelle et une confiscation du pouvoir décisionnel. La gestion des commissions électorales en est une parfaite illustration. Le quorum lors des Assemblées générales est systématiquement contrôlé et entretenu par l’exécutif en place. La quasi-totalité des voix critiques a été progressivement écartée, remplacée par des membres inféodés. Face à cette dérive, de nombreux acteurs du football malien préfèrent désormais faire profil bas, découragés par l’inaction persistante du département des Sports face aux multiples coups de force institutionnels. À titre d’exemple, la décision de nomination du secrétaire général et de son adjoint n’a jamais été officiellement notifiée aux membres statutaires. Plus grave encore, le président Touré a été élu alors qu’il se trouvait en détention, en violation manifeste des textes en vigueur. Malgré cette situation, il a pu constituer un bureau exécutif, nommer un secrétariat général et continuer à exercer ses fonctions. Il est même allé jusqu’à faire modifier les statuts afin de garantir la continuité de son mandat, alors que les textes applicables au moment de son élection prévoyaient clairement la vacance du poste en cas d’absence non justifiée à six réunions ordinaires du bureau exécutif. Monsieur le Ministre, aujourd’hui, la faitière du football malien est dirigée par un président de fait inactif depuis plus de deux ans et demi. Faut-il rappeler, qu’aucune fédération sportive sérieuse au monde ne peut être dirigée durablement dans de telles conditions ? Aucune grande nation de football n’accepterait qu’une faîtière nationale fonctionne avec un président placé sous les liens de l’incarcération, sans visibilité, sans leadership et sans capacité réelle d’impulsion stratégique. Cette situation anormale fragilise l’institution, discrédite le football malien et pénalise directement les performances sportives. Il convient également de souligner que les membres participant aux Assemblées générales de la FEMAFOOT ne représentent en réalité que 2 à 3 % des membres effectifs du football malien districts, clubs, associations et groupements sportifs confondus. Une large majorité de ces acteurs est privée de voix délibérative en raison d’un système volontairement verrouillé, là où, ailleurs, le quorum repose sur une base large et représentative, garantissant la légitimité des décisions.
Monsieur le Ministre, pour mettre fin à ce système de corruption généralisée, l’État doit assumer pleinement son rôle. Il est impératif de travailler à la normalisation de la faîtière du football malien, en repartant sur des bases saines, avec des dirigeants vertueux, crédibles et réellement soucieux du développement du football national. Le Mali regorge aujourd’hui de compétences, de cadres et de dirigeants capables de bâtir une véritable stratégie de développement du football malien, sans calcul personnel, sans autre prétention que l’intérêt supérieur du sport et de la jeunesse. Le football malien a besoin de dirigeants capables de planifier, structurer, former, investir dans les jeunes, moderniser les compétitions et restaurer la confiance entre l’institution, les acteurs de terrain et les supporters. Tant que le Comité Exécutif de la FEMAFOOT restera enfermé dans une logique de conservation du pouvoir et d’illégitimité institutionnelle, aucun résultat durable ne pourra être atteint, ni au niveau continental, ni sur la scène internationale. S’agissant des commissions électorales, le Code électoral adopté en 2021 prévoit clairement, en son alinéa B.1.3, la mise en place de commissions électorales locales chargées de superviser les élections des districts et sous districts. Pourtant, ces commissions n’ont jamais été installées, en violation flagrante des textes. B.1.3 – « Les Commissions électorales (première instance et d’appel) organiseront et superviseront l’ensemble des élections citées aux alinéas B.1.1 et B.1.2 ci-dessus, à l’exception des élections des districts et des sous-districts, pour lesquelles des commissions locales seront mises en place par les Assemblées générales de chaque ligue régionale sous la supervision de la commission électorale de première instance de la FEMAFOOT. » À la tête de la Ligue Régionale de Football de Ségou, j’ai engagé toutes les démarches légales nécessaires à la mise en place de ces commissions locales. Toutes ont été systématiquement sabotées par le comité exécutif de la FEMAFOOT, avec la complicité manifeste de la commission électorale de première instance, qui affirmait encore en 2022 travailler sur un projet de procédure jamais concrétisé. Aujourd’hui, ces commissions de première instance et d’appel constituent l’un des principaux verrous des processus électoraux et un obstacle majeur à toute réforme crédible. Pour ne pas être trop long, Monsieur le Ministre, je m’arrête à ces faits concrets. Ils suffisent à démontrer que la crise actuelle dépasse largement le cadre administratif et impacte directement l’avenir du football malien. L’inaction prolongée de l’État ne fera qu’aggraver une situation déjà critique et compromettre durablement toute ambition sportive. Dans l’espoir qu’un sursaut de responsabilité permettra enfin de restaurer la légalité, la transparence et la performance au sein de la FEMAFOOT, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération. Bamako, le 13 Janvier 2026 Mamadou SOW Président Espérance Football Club de Médine |





