Direction générale de la Pharmacie Populaire du Mali (PPM)
La gestion de la Pharmacie Populaire du Mali (PPM) est sévèrement mise en cause par le Bureau du Vérificateur Général (BVG). Dans son rapport de vérification de performance couvrant la période du 1er juin 2021 au 25 août 2025, l’organe de contrôle dresse le tableau d’une structure stratégique minée par des dysfonctionnements institutionnels, des failles organisationnelles et des manquements techniques graves.
L’objectif de la mission, selon le rapport du BVG, était clair : « déterminer dans quelle mesure les organes de supervision et de surveillance jouent pleinement leur rôle de pilotage stratégique » et s’assurer que la gestion des ressources humaines ainsi que la chaîne d’approvisionnement contribuent efficacement aux objectifs assignés à la PPM. Le constat, lui, est sans appel.
En effet, le rapport pointe d’abord un « déficit de supervision et de suivi » imputable aux organes censés encadrer l’établissement : le Ministère de l’Économie et des Finances, le Ministère de la Santé et du Développement Social et le Comité de suivi du Contrat plan État/PPM.
Selon les vérificateurs, « la PPM a souffert d’un déficit de supervision et de suivi de la part des organes créés à cet effet ». Plus grave encore, plusieurs irrégularités structurelles entachent la gouvernance : non-élaboration des statuts particuliers, non-renouvellement à temps du mandat des administrateurs, absence de production et de transmission de rapport général au Gouvernement.
Le BVG révèle également que des sessions du Comité de suivi se sont tenues « avec des membres ne disposant pas de mandat légal ». Une situation qui fragilise la légitimité des décisions prises et interroge sur la régularité des actes posés.
Pour une structure chargée de l’approvisionnement national en médicaments essentiels, notent les équipes de vérifications, ces carences institutionnelles traduisent un pilotage approximatif, voire une dérive administrative préoccupante.
Une chaîne d’approvisionnement sous tension
Au cœur de la mission de la PPM se trouve la disponibilité des médicaments. Or, le BVG constate que « des déficiences dans la planification des besoins, la réception et le contrôle qualité des médicaments compromettent l’économie, l’efficience et la sécurité de l’approvisionnement pharmaceutique ».
Parmi les manquements relevés figurent l’absence de production régulière du rapport de quantification globale des médicaments essentiels par la Direction de la Pharmacie et du Médicament (DPM), le non-respect du délai de péremption minimum lors de la réception des médicaments et le non-respect du délai de délivrance du certificat d’analyse par le Laboratoire National de la Santé (LNS).
Autrement dit, le système censé garantir que les Maliens aient accès à des médicaments sûrs, disponibles et de qualité fonctionne avec des maillons faibles. « Ces lacunes remettent en cause le principe d’économie et d’efficience », souligne le rapport.
Dans un contexte où l’accès aux médicaments constitue un enjeu vital de santé publique, ces insuffisances exposent non seulement les finances publiques, mais aussi la sécurité sanitaire des populations.
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Des conditions de stockage et des prix non conformes
Le tableau s’assombrit davantage lorsqu’il s’agit du stockage. Le BVG affirme que « le système de stockage de la PPM n’assure pas une gestion efficace et une bonne conservation des produits pharmaceutiques ».
Les vérificateurs relèvent des « déficiences dans la mise en œuvre des conditions d’hygiène et de sécurité », l’absence d’un Comité d’Hygiène et de Sécurité, l’inadaptation des infrastructures aux normes de bonnes pratiques pharmaceutiques et la non-délimitation des zones de stockage.
Quant au système de suivi des stocks, il est également jugé défaillant. Cette accumulation de failles techniques et organisationnelles pose un double risque à savoir : la détérioration des produits et des pertes financières.
Pour un établissement public dont la mission est stratégique, l’absence de conformité aux bonnes pratiques de stockage constitue une alerte rouge.
Le processus de distribution n’échappe pas aux critiques. Le rapport évoque « d’importantes lacunes organisationnelles » dans la répartition et la livraison des produits et dispositifs médicaux. Aussi, des retards dans la livraison des produits pharmaceutiques ont été constatés, tout comme la non-application des prix de vente réglementaires des médicaments et la mauvaise manipulation du logiciel de facturation.
Ces dysfonctionnements ont des répercussions directes sur les structures sanitaires et, en bout de chaîne, sur les patients. Des retards de livraison peuvent entraîner des ruptures de stock dans les centres de santé, tandis que la non-application des prix réglementaires fragilise l’accessibilité financière des médicaments.
Une gouvernance à réformer en profondeur
Au terme de cette vérification, une conclusion s’impose : la PPM traverse une crise de gouvernance qui dépasse les simples erreurs administratives. Le rapport met en exergue une institution stratégique fragilisée par un manque de rigueur, de coordination et de contrôle.
En filigrane, le message du BVG est clair : sans réforme structurelle, sans responsabilisation des organes de supervision et sans modernisation des systèmes de gestion, la PPM risque de continuer à fonctionner en deçà de ses missions fondamentales.
Dans un pays où la disponibilité et l’accessibilité des médicaments sont des enjeux majeurs de santé publique, la gouvernance de la Pharmacie Populaire du Mali ne peut rester approximative. Le rapport du Vérificateur Général sonne comme un avertissement : il appartient désormais aux autorités compétentes de transformer ce diagnostic sévère en plan d’action concret.
Cyril Roc DACK




