Abdoulaye Diop, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, et Cheikhane Habibou Rahmane, Chargé d’affaires de la République Islamique de Mauritanie en République du Mali – Bamalo, le 17 mars 2026
Sur fond de crispations sécuritaires au Sahel, la Mauritanie et le Mali tentent de contenir une polémique née d’accusations jugées « infondées » par Nouakchott concernant le camp de de réfugiés M’Berra. Entre fermeté dans les déclarations et volonté affichée de privilégier le dialogue diplomatique, les deux capitales optent pour un ton mesuré afin d’éviter toute escalade et préserver leurs relations de bon voisinage.
Le Gouvernement de la République islamique de Mauritanie a vivement réagi au communiqué de l’état-major des Forces armées maliennes (FAMa) affirmant que des militaires maliens détenus par des groupes terroristes se seraient échappés d’un camp de réfugiés situé sur le territoire mauritanien. Dans un communiqué officiel publié le 16 mars 2026 à Nouakchott, les autorités mauritaniennes dénoncent des accusations « infondées » et appellent à privilégier la voie diplomatique.
Dès l’entame de sa déclaration, le gouvernement mauritanien exprime sa « stupéfaction et indignation » face aux affirmations des FAMa. Il rejette catégoriquement ces accusations qu’il qualifie de « totalement infondées et profondément offensantes ». « De telles affirmations, émises sans la moindre preuve ni consultation préalable par les canaux appropriés, caractérisent une démarche indécente qui ne saurait être tolérée », souligne le communiqué.
Au cœur de la controverse, le camp de réfugiés de M’Berra, situé en territoire mauritanien, est présenté par Nouakchott comme un site strictement encadré depuis près de trente ans. Les autorités rappellent que ce camp accueille des dizaines de milliers de réfugiés, majoritairement maliens, sous la supervision permanente du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), avec la présence continue d’organisations humanitaires et d’ONG internationales.
« L’ensemble des acteurs de la solidarité disposent d’un accès permanent au site et assurent un suivi quotidien des conditions de sécurité et de vie », précise le gouvernement, insistant sur la transparence du dispositif. Il rappelle également que des responsables maliens ont déjà visité le camp, saluant « le professionnalisme des services locaux » ainsi que « l’hospitalité des populations hôtes ».
Dans ce contexte, les autorités mauritaniennes jugent particulièrement graves les informations selon lesquelles des groupes terroristes pourraient détenir des individus dans ce camp. « Laisser entendre une telle situation relève d’une accusation grave dont la réfutation constitue une évidence », affirme le texte officiel, évoquant les relations fraternelles entre les deux pays.
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Malgré cette montée de tension, Nouakchott adopte un ton mesuré et appelle à l’apaisement. « La Mauritanie a toujours misé sur la retenue, l’esprit de responsabilité et le sens de l’apaisement », rappelle le communiqué, qui privilégie « la voie du dialogue direct et des échanges diplomatiques » afin d’éviter toute escalade entre les deux États voisins.
Toutefois, la déception est palpable du côté mauritanien. Les accusations formulées, que Nouakchott qualifie de « sans preuve » suscitent « perplexité et déception », selon les autorités, qui estiment que leur engagement humanitaire ne saurait être remis en cause.
Dans un appel clair adressé à Bamako, le gouvernement mauritanien invite son homologue à faire preuve de rigueur dans sa communication. « Il est impératif d’observer davantage de responsabilité et de privilégier les canaux convenus, en conformité avec les usages diplomatiques », insiste le communiqué.
Enfin, tout en réaffirmant son attachement aux relations de bon voisinage et à la coopération avec le Mali, la Mauritanie prévient qu’elle se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour « défendre son image, sa souveraineté et la vérité factuelle ».
Bamako aux aguets
Cette sortie officielle intervient dans un contexte sécuritaire régional particulièrement sensible, où la gestion des questions transfrontalières et humanitaires demeure un enjeu majeur pour les deux États du Sahel.
Illico, le ministre Abdoulaye Diop des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, a reçu en audience, ce mardi 17 mars 2026, Cheikhane Habibou Rahmane, Chargé d’affaires de la République Islamique de Mauritanie en République du Mali. « Les échanges ont porté sur des questions bilatérales d’intérêt commun, y compris des sujets d’actualité sur le plan sécuritaire. A cet égard, le Ministre DIOP a relevé la nécessité de renforcer davantage la coopération bilatérale dans un esprit de collaboration renforcée, de solidarité fraternelle sincère et de dialogue constructif dans l’intérêt supérieur de nos deux pays », informe les services de l’information du département de la diplomatie malienne.
Les divergences semblent aplanies pour une cohabitation paisible.
Cyril Roc DACK




