EDITO

Edito : le juge Moussa Diarra entre gloire et flétrissure

L’on pensait entrevoir le bout du tunnel dans la rocambolesque affaire dite de Birama Touré, le journaliste malien qui a disparu depuis 2016, avec l’ouverture d’une nouvelle procédure judicaire suivies de convocations. Mais, l’annulation de la convocation de Karim Keita, risque fort d’ensabler la machine de la Justice.

De mémoire d’homme, rarement une convocation devant le juge n’a suscité autant d’interrogations, de polémiques que celle de l’honorable Karim Keita, président de la Commission Défense à l’Assemblée Nationale et fils du Président de la République. Le juge Moussa Diarra, qui a eu l’audace d’émettre la convocation, est passé, d’un doigt seulement, à côté de la gloire. Ce dernier a certainement oublié que les hommes qui ont marqué l’histoire de leur époque, l’ont fait souvent avec un seul acte. S’il n’aurait probablement pas  cédé sous la pression, en annulant la convocation, il serait aujourd’hui cité parmi les juges qui ont fait preuve de bravoure comme Malik Coulibaly ; qui a préféré démissionner plutôt que d’avaler n’importe quelle couleuvre. Le cas de Soungalo Koné, mort entre les mains des Djihadistes, pour avoir choisi le Mali, en est aussi un exemple éloquent. Les raisons avancées de l’annulation de la convocation, qui seraient, entre autres, la  fuite sur les réseaux sociaux, semblent ne pas convaincre grand monde.

La convocation de Karim Keita avait été émise quelques jours seulement après les affrontements meurtriers entre les Djihadistes et les soldats du camp militaire des FAMa à Dioura, dans le cercle de Ténenkou. Ironie de l’histoire, la colonne qui a attaqué  le camp a été conduite, par un Colonel  déserteur de l’armée malienne du nom de Moussa Diarra, connu sous le nom de guerre de Ba Ag Moussa. Nombreux sont les maliens qui ont estimé que si un  Moussa Diarra avait voulu démolir la République, un autre « Moussa Diarra » vient de  s’ériger en défenseur des Droits des pauvres citoyens.

Mais hélas, avec ce revirement de dernière minute, les chances de faire toute la lumière sur l’affaire Birama Touré qui, du reste, est devenue un caillou dans la chaussure du régime, seraient minces. Les citoyens avides de vérité vont devoir attendre. Ils vont devoir prendre leur mal en patience. Car il est difficile d’imaginer le  puissant président de la Commission défense de l’Assemblée Nationale, répondre de sitôt à la convocation d’un juge. Il est encore plus difficile que le même juge, Moussa Diarra, du tribunal de première instance de la Commune IV, retrouve son audace qu’il a perdue en si peu de temps.

En somme, même si Karim Keita n’a pas été entendu le jeudi 21 mars 2019, avec sa convocation, même annulée, un pas de géant a été franchi dans  la manifestation de la vérité dans l’affaire de la disparition Birama Touré. Le mythe semble être brisé et, tôt ou tard, le fils du Président de la République, et tout autre convoqués par la Justice, répondra.  Quant au juge Moussa Diarra qui a apposé sa signature sur  la convocation de Karim, il a loupé, par manque d’audace, l’occasion de se rendre éternel en inscrivant son nom en lettres d’or sur la restreinte  liste des juges les plus célèbres.

Youssouf Sissoko

InfoSept

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