Dans une sortie sur son compte X (ex-tweeter), Maître Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, réagit à ce que les autorités de la Transition qualifie de « prise en otage » de la Base de données du Recensement Administratif à Vocation d’état civil (RAVEC) par la société française IDEMIA.
Actualité UNE

Plaidoyer pour la démocratie et contre l’impunité : Le Sénégal face à ses responsabilités

Les événements qui secouent la Guinée-Bissau imposent aujourd’hui un sursaut moral et politique. Les accusations graves portées contre Umaru Sissoco Embaló, notamment par son principal concurrent Fernando DIAS, les doutes sérieux exprimés par le chef de la mission d’observation de la CEDEAO, l’ancien Président nigérian Goodluck Jonathan, ainsi que l’attitude pour le moins troublante du président sortant tout au long de cette séquence, obligent les États attachés au droit à sortir de l’ambiguïté.

Nul pays ne peut se réclamer de la démocratie tout en offrant un havre de confort protocolaire ou une hospitalité politique à un dirigeant mis en cause dans ce qui apparaît désormais comme une manipulation manifeste de la souveraineté populaire. Le Sénégal, dont la tradition démocratique demeure un repère dans la sous-région, ne peut ni ne doit s’y résoudre.

Le droit de la CEDEAO impose une ligne claire

La CEDEAO n’est pas seulement un espace économique ; elle est une communauté normative, dotée d’instruments précis contre les ruptures constitutionnelles, les falsifications électorales, les coups d’État directs, simulés ou instrumentalisés, et les atteintes graves à l’ordre démocratique. Nul ne peut se soustraire au verdict des urnes ni détourner les mécanismes de la légalité constitutionnelle pour confisquer le pouvoir.

À ce titre, le Sénégal – membre fondateur et pays de référence en matière de stabilité démocratique – a le devoir de refuser toute protection, hospitalité ou accompagnement protocolaire à un dirigeant suspecté d’avoir dévoyé une élection et mis en péril l’ordre institutionnel de son pays.

Un devoir à l’égard du peuple bissau-guinéen

En étroite coordination avec les forces politiques bissau-guinéennes, la société civile, la CEDEAO et les institutions engagées dans l’observation du processus électoral, le Sénégal doit prendre des mesures conservatoires immédiates à l’égard de son encombrant hôte. Ces mesures protègent le droit, garantissent la transparence et empêchent toute influence indue sur un processus électoral encore en cours.

Elles offrent surtout le temps nécessaire pour que les acteurs habilités saisissent formellement les autorités judiciaires sénégalaises, à l’issue de la proclamation officielle des résultats, qui devraient consacrer la victoire de Fernando DIAS conformément aux tendances annoncées.

Le courage politique comme boussole

En agissant ainsi, le Sénégal ne prendrait pas parti, mais prendrait position pour la vérité électorale, la stabilité régionale, la crédibilité de la CEDEAO et l’intégrité des scrutins. La démocratie n’est pas un décor, et le droit n’est pas une variable d’ajustement.

L’Afrique démocratique observe

Les peuples du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, lassés des simulacres institutionnels et des confiscations de pouvoir, attendent un geste clair, une ligne droite, un acte d’autorité morale.

Une décision forte du Sénégal enverrait un signal puissant : l’impunité n’a plus de refuge, la manipulation du suffrage n’a plus d’avenir, et la démocratie ne se négocie pas.

Mamadou Ismaila Konaté,

Avocat Barreaux Mali/Paris,

Défenseur des droits, Arbitre,

Ancien GS, ministre de la Justice du Mali

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *