Brehima Sidibé, docteur en analyse des discours politiques à CY Cergy Paris Université et président des FCJ
En analysant le conflit en cours entre d’une part, Israël-Etats-Unis, d’autre part, l’Iran, dans sa dimension discursive, on ne peut s’empêcher d’évoquer la notion de « langue de coton » développée par François-Bernard Huyghe (1991).
Qu’est-ce que c’est la « langue de coton » ?
Elle a le triple mérite de penser pour vous, de paralyser toute contradiction et de garantir un pouvoir insoupçonné sur le lecteur ou l’auditeur.
Ses mots sont séduisants, obscurs ou répétitifs. Floue ou redondante, banale ou ésotérique, elle a réponse à tout parce qu’elle n’énonce presque rien. Ou trop, ce qui revient au même.
C’est surtout la langue sans réplique. Elle émet des propositions qui laissent une telle place à l’interprétation que chacun est libre de comprendre ce qu’il espère.
Dans son allocution au petit matin du 28 février 2026, le Président Américain, Donald Trump, a justifié l’intervention militaire en Iran par le souci « de la sécurité nationale » voir « interventionale. » Car selon lui, si l’Iran parvenait à se doter d’une arme nucléaire, ce serait une « catastrophe pour le monde. »
L’on voit bien que ces mots sont choisis pour évoquer une certaine moralité. Et c’est là où l’usage de la langue de coton prend tout son sens.
Pourquoi le coton ?
Le coton est doux, chaud, souple. Il est hygiénique ou thermogène. C’est une matière utile et agréable aux propriétés surprenantes. Il remplit et il absorbe. On l’utilise pour anesthésier comme pour boucher les oreilles. C’est l’accessoire indispensable du maquillage. On le file à sa guise. Il protège et il apaise ; il embellit ceux qu’il revêt. On s’en sert tous les jours.
Il est donc tentant pour les non avertis, ou pour ceux qui croient encore à une certaine bien-pensance, de considérer que cette intervention militaire est justifiée. D’autant plus que le résultat serait « la libération du pays » le retour à la « démocratie » à la « liberté. »
Autant de mots séduisants mais tout aussi creux. Pour s’en convaincre, il faut se renseigner auprès des Libyens !
Brehima Sidibé
Doctorant en Analyse du discours politique.




