Ecole du Mali- Elèves
Une nouvelle crise couve dans le secteur de l’éducation au Mali. En cause : la gestion des enseignants détenteurs de Licence professionnelle, qui oppose désormais le ministère de l’Éducation nationale aux syndicats signataires du 15 octobre 2016. Entre correspondances officielles, interprétation des textes et menaces à peine voilées, l’accalmie observée durant les deux premiers trimestres de l’année scolaire 2025-2026 pourrait voler en éclats.
Dans une correspondance référencée N°0000054/MEN-CAB adressée aux directrices et directeurs des académies d’enseignement, le ministre de l’Éducation nationale, Amadou Sy Savané, tente de désamorcer la crise. Le document, portant sur la « gestion du personnel enseignant détenteur de Licence professionnelle », rappelle les efforts de concertation engagés avec les syndicats.
« Plusieurs rencontres se sont tenues au Ministère de l’Éducation nationale avec les syndicats de l’Éducation, pour une sortie de crise », indique le ministre, qui précise que ces échanges visaient notamment « la levée de la suspension du redéploiement des titulaires de Licence professionnelle et des propositions de solutions durables à l’employabilité des enseignants concernés ».
Dans cette dynamique, le chef du département en appelle à la responsabilité des enseignants concernés. « Conscient de l’enjeu et du sens élevé du devoir, j’interpelle les enseignants détenteurs de Licence professionnelle […] à retourner dans leurs écoles d’origine […] à donner les cours aux apprenants, en attendant la relecture des textes y afférents », a-t-il insisté.
Dans la foulée, des instructions fermes ont été données aux responsables académiques. « J’instruis les Directrices et Directeurs des Académies d’Enseignement à procéder, dans les quinze jours qui suivent, à l’affectation des détenteurs de la Licence professionnelle », précise la correspondance ministérielle.
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Une divergence de fond sur l’affectation
À l’origine de cette nouvelle tension, une lettre des syndicats de l’éducation datée du 24 février 2026, dans laquelle ils réaffirment leur position sur la gestion des enseignants formés à l’École normale supérieure de Bamako (ENSup).
Les syndicats rappellent que l’ENSup, depuis son basculement dans le système LMD, n’a plus vocation à former des enseignants du fondamental. « Le basculement de l’ENSup dans le système LMD a mis fin à sa mission de formation des professeurs de l’enseignement fondamental », soutiennent-ils, en s’appuyant notamment sur le décret N°08-790 du 30 décembre 2008.
Ils estiment ainsi que les enseignants titulaires d’une Licence professionnelle doivent être redéployés dans les établissements d’enseignement secondaire, normal, technique et professionnel, conformément à leur formation.
« En conséquence, les syndicats […] exigent le déploiement des enseignants détenteurs de la licence dans les établissements d’Enseignement secondaire, normal, technique et professionnel. Ils useront de tous les moyens légaux pour s’opposer à la violation des textes », préviennent-ils, invoquant les dispositions de la loi N°2018-007 du 16 janvier 2018 portant statut du personnel enseignant.
Des menaces explicites pour le troisième trimestre
Face à ce qu’ils considèrent comme une tentative de passage en force de l’administration, les syndicats durcissent le ton. Le climat, jusque-là relativement apaisé, pourrait rapidement se dégrader. « Le département de l’Éducation nationale pensait qu’on ne savait pas ce qu’il manigançait sur cette situation de détenteurs de Licence professionnelle. Si l’année scolaire 2025-2026 a connu deux trimestres apaisés, le troisième ne connaîtra pas la même accalmie », avertit le syndicaliste Mamadou Daba Diawara, sur la plateforme Facebook « SYNEFCT Informations » dont il est l’administrateur.
Dans sa déclaration aux accents menaçants, il ajoute : « Nous avions déjà pris le devant avec cette correspondance. Là où il se cache, c’est là-bas où on dort. On se verra très bientôt ! »
Ces propos traduisent une montée de tension qui pourrait se traduire par des mouvements de grève ou d’autres actions syndicales dans les semaines à venir.
Vers une nouvelle crise scolaire ?
Alors que les autorités misent sur le dialogue et une relecture des textes pour apaiser la situation, les syndicats semblent déterminés à faire respecter leur interprétation des normes en vigueur.
Dans ce bras de fer, les élèves pourraient une nouvelle fois payer le prix fort, si aucune solution consensuelle n’est trouvée rapidement. Le spectre d’une perturbation du troisième trimestre plane désormais sur l’école malienne.




