Me Souleymane Soumountera, Bâtonnier de l'Ordre des Avocats du Mali, président du barreau du Mali
L’ouverture de la première session de la Chambre criminelle du Tribunal de Grande Instance de la Commune IV du District de Bamako marque une étape importante dans l’histoire de la justice malienne. Présent à cette audience solennelle tenue le 19 mai dernier, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Mali, Me Souleymane Soumountera, a livré une intervention riche en enseignements sur les enjeux des réformes judiciaires en cours.
D’entrée de jeu, le chef du Barreau malien a souligné la portée historique de cette session inaugurale. « Nous voici réunis pour l’ouverture de la toute première session de la Chambre criminelle de ce Tribunal de Grande Instance de la Commune IV du district de Bamako. Cet événement n’est pas une simple formalité du calendrier judiciaire. Il marque un tournant historique pour l’institution judiciaire de notre pays, le Mali », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette audience intervient dans un contexte marqué par l’entrée en vigueur des nouveaux Code pénal et Code de procédure pénale, des textes qui traduisent une volonté affirmée de moderniser l’appareil judiciaire national.
Pour Me Soumountera, l’une des avancées majeures de ces réformes réside dans le rapprochement de la justice criminelle des populations. Pendant plusieurs décennies, les Cours d’assises centralisées ont été confrontées à de nombreuses critiques liées à la lenteur des procédures et à l’allongement des détentions préventives. « En confiant désormais le jugement des crimes aux Chambres criminelles des Tribunaux de Grande Instance, le législateur malien fait le choix de la proximité, de la continuité et de la célérité », a-t-il affirmé.
Le Bâtonnier estime que cette nouvelle architecture judiciaire constitue une avancée significative pour les droits humains. « La justice n’attend plus ; elle s’établit là où les faits ont été commis, sous le regard de la communauté qui a subi le trouble social », a-t-il ajouté.
Il a également souligné que cette décentralisation devrait contribuer à désengorger les établissements pénitentiaires et garantir aux justiciables un jugement dans des délais raisonnables, conformément aux engagements internationaux du Mali.
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Face au tribunal médiatique
Abordant les défis contemporains de la justice, Me Soumountera a mis en garde contre les jugements prématurés rendus sur les réseaux sociaux et dans certains espaces médiatiques. « En ce temps où le tribunal médiatique finit de juger les mises en cause avant la fin même de l’enquête préliminaire, nous devons démontrer avec la rigueur de la loi que seuls les juges prennent les décisions de condamnation », a-t-il averti.
Le Bâtonnier a appelé les acteurs judiciaires à protéger la présomption d’innocence et à résister aux pressions de l’opinion publique. « Nous devons donc éteindre le bûcher que d’autres allument pour châtier les présumés innocents », a-t-il insisté.
Évoquant les différentes infractions inscrites au rôle de cette session criminelle, notamment les vols qualifiés, les associations de malfaiteurs, les détentions illégales d’armes, les faux et usage de faux ainsi que les enlèvements de personnes, Me Soumountera a reconnu la nécessité d’une réponse pénale ferme. « Nos populations ont soif de sécurité et elles attendent de l’État, et donc de la Justice, des signaux clairs de fermeté », a-t-il déclaré.
Toutefois, il a rappelé que la lutte contre la criminalité ne saurait justifier des entorses à la loi. « Punir, oui, mais punir conformément à la loi », a-t-il martelé. Selon lui, les nouveaux textes offrent à la fois les moyens d’une répression efficace et l’obligation du respect strict des garanties procédurales. « Car toute interpellation, toute peine prononcée au mépris des règles n’est pas de la justice, c’est de l’arbitraire », a-t-il prévenu.
Rôle central de l’avocat
Le Bâtonnier a également insisté sur la place essentielle de l’avocat dans le procès pénal. Selon lui, les alertes du Barreau doivent être entendues et prises en considération, particulièrement dans le contexte actuel de transition et de reconstruction nationale. « Les Avocats ne seront pas des spectateurs, ni des obstacles à la manifestation de la vérité. Ils seront, comme ils l’ont toujours été, des acteurs indispensables à l’équilibre du procès », a-t-il affirmé.
Pour Me Soumountera, aucune justice crédible ne peut exister sans une défense forte et indépendante. Il a rappelé que tous les accusés, quelle que soit la gravité des faits qui leur sont reprochés, bénéficient des droits fondamentaux garantis par la loi. « Il n’y a pas de justice crédible sans une défense forte », a-t-il souligné, avant d’ajouter que « défendre, ce n’est pas excuser l’inacceptable ; défendre, c’est s’assurer que la balance de la justice reste parfaitement droite et équilibrée ».
Pour conclure, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Mali a présenté cette première session criminelle comme un véritable test pour l’application des nouveaux textes législatifs. « Le peuple malien nous regarde. Il veut une justice qui protège, une justice qui sanctionne les coupables avec fermeté, mais aussi une justice qui sait acquitter lorsque la preuve fait défaut », a-t-il déclaré.
Réaffirmant la disponibilité du Barreau à accompagner les magistrats du siège et du parquet dans la réussite de cette réforme, Me Souleymane Soumountera a lancé un appel à l’ensemble des acteurs judiciaires pour faire de cette session un modèle de rigueur procédurale, de respect mutuel et de dignité. « Sans le respect rigoureux du droit, sans la justice, tous nos efforts seront vains. Que la justice soit rendue, et que Dieu bénisse le Mali », a conclu le Bâtonnier.
Cyril Roc DACK / Icimali.com




