Ousmane Sonko, Président de l'Assemblée Nationale et Bassirou Diomaye Faye, Président de la République
Volte-face ou stratégie juridique ? Alors qu’un référendum était attendu, le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a finalement choisi de saisir le Conseil constitutionnel pour faire invalider la proposition de révision constitutionnelle. Une décision qui suscite la colère noire des députés de la majorité parlementaire, auteurs du texte.
Nouveau rebondissement dans le feuilleton des réformes institutionnelles au Sénégal. Par la voix de plusieurs de ses figures de proue, le groupe parlementaire PASTEF-Les Patriotes est monté au créneau, ce mercredi 8 juillet 2026, pour dénoncer ce qu’il qualifie d’« énième reniement » de la part du chef de l’État. En cause : la saisine surprise du Conseil constitutionnel par le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, visant à invalider l’intégralité du texte de révision constitutionnelle récemment adopté par l’Assemblée nationale.
Pour les députés porteurs du projet, menés par Mohamed Ayib Salim Daffé (président du groupe parlementaire), Abdoulaye Tall, Fatma Mbodj, Abdoulaye Sow, Awa Sonko et Anne Marie Yacine Tine, le revirement présidentiel est total. Ils rappellent que l’exécutif s’était pourtant engagé, par écrit et devant la représentation nationale via le ministre de la Justice, à soumettre le texte à l’arbitrage du peuple souverain par le biais d’un référendum.
Selon les signataires du communiqué, cette esquive procède d’un calcul politique limpide : « [Le président] enterre définitivement l’arbitrage du peuple souverain […] dont il se soustrait pour éviter une débâcle électorale prévisible et cuisante. »
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Sur le plan purement légal, les parlementaires de PASTEF estiment que l’arme juridique brandie par le chef de l’État pourrait bien se retourner contre lui. Ils avancent l’argument selon lequel cette saisine constitue un aveu : le texte est bel et bien définitivement approuvé par l’Assemblée.
S’appuyant sur la jurisprudence constante des « Sages », ils rappellent que l’adoption d’une loi constitutionnelle à la majorité des trois cinquièmes des suffrages exprimés vaut à la fois adoption et approbation. Or, le chef de l’État ne peut constitutionnellement attaquer un texte que si la procédure législative est arrivée à son terme.
Malgré ce coup de théâtre, la coalition des députés auteurs du texte affiche une sérénité à toute épreuve quant à l’issue de cette bataille juridique. Évoquant l’« extrême faiblesse juridique » des arguments présidentiels, ils se disent convaincus que le Conseil constitutionnel rejettera le recours de l’exécutif.
Un tel rejet ouvrirait alors automatiquement la voie à la promulgation de la loi. La balle est désormais dans le camp des sept Sages, dont la décision, par nature indiscutable, scellera l’avenir de cette réforme majeure.
Cyril Roc DACK




