Mine d'or au Mali
À Kéniéba, dans la région de Kayes, un nouveau chapitre de l’exploitation aurifère s’ouvre. L’État malien vient d’accorder à B2Gold Mali Resources SARL un permis d’exploitation de grande mine d’or à Menankoto-Sud. Une autorisation valable jusqu’à douze ans qui place ce gisement au cœur de l’avenir du Complexe Fekola. À l’horizon 2028, le projet régional de Fekola devrait produire plus de 150 000 onces d’or par an. Derrière les chiffres, se dessinent des enjeux de souveraineté minière, d’emplois, de sous-traitance et de revenus pour l’économie malienne.
À Kéniéba, l’or n’est pas seulement enfoui sous la terre. Il est au cœur de l’économie locale, de l’histoire minière de la région et, désormais, d’une nouvelle bataille pour l’avenir de l’industrie aurifère malienne. C’est dans ce territoire que Menankoto-Sud vient de franchir un tournant décisif. L’État du Mali a attribué à B2Gold Mali Resources SARL un permis d’exploitation de grande mine d’or sur ce site. La durée maximale du permis est fixée à douze ans.
Derrière cette décision administrative se trouve un long processus de recherche et d’exploration. Menankoto-Sud n’est pas né d’un seul permis. Le projet résulte de la fusion des permis de recherche de Bakolobi, Menankoto-Sud et Bantako-Nord, consacrée par le Décret n°2025-0348/PT-RM du 16 mai 2025. Les travaux menés sur cet ensemble ont permis de mettre en évidence un gisement jugé économiquement exploitable sous la forme d’une grande mine. La prospection a donc laissé place au développement. Et le sous-sol de Kéniéba entre dans une nouvelle phase de son histoire.
Pour B2Gold, l’obtention du permis représente bien plus qu’une formalité administrative. Elle marque le passage à une phase opérationnelle. Conformément au Code minier et à la loi relative au contenu local dans le secteur minier, B2Gold Mali Resources SARL avait manifesté sa volonté de procéder à l’exploitation du gisement découvert.
Désormais, les activités de pré-décapage minier peuvent commencer. En parallèle, le groupe doit finaliser l’accord de sous-traitance nécessaire au développement du projet. Le chantier qui se profile à Menankoto-Sud est donc appelé à mobiliser des capitaux, des travailleurs, des fournisseurs et des entreprises sous-traitantes. Autrement dit, l’or qui dort encore dans le sous-sol de Kéniéba doit progressivement se transformer en activité économique.
Une deuxième victoire en quinze mois
Le nouveau permis intervient dans une période charnière pour B2Gold Mali. En juillet 2025, le groupe obtenait l’autorisation de commencer les opérations minières souterraines à Fekola. Quinze mois plus tard, Menankoto-Sud vient renforcer cette dynamique. Deux décisions qui donnent une nouvelle visibilité aux activités du groupe dans le pays.
Pour Mike Cinnamond, président-directeur général de B2Gold, « la délivrance du permis de Menankoto constitue une étape importante pour les deux parties ». Le dirigeant estime surtout que cette autorisation permet de « sécuriser l’avenir du Complexe Fekola jusqu’à la fin des années 2030 ».
Cette perspective s’inscrit dans un dialogue engagé entre B2Gold et l’État malien depuis juillet 2025. Elle intervient également dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord conclu en septembre 2024 sur l’exploitation et la gouvernance de la mine de Fekola et du projet régional de Fekola.
Sur la carte minière de la région, Menankoto n’est pas un territoire isolé. Le permis se trouve à environ 20 kilomètres de la mine de Fekola. Avec le permis de Dandoko, il constitue le projet régional de Fekola.
La mine de Fekola comprend notamment les exploitations à ciel ouvert de Fekola et Cardinal ainsi que l’exploitation souterraine de Fekola. Aujourd’hui, cette partie du complexe est détenue à 80 % par B2Gold et 20 % par l’État du Mali.
Pour le projet régional de Fekola, la répartition sera différente : 65 % pour B2Gold et 35 % pour l’État malien. Ce changement est important. Il traduit l’application du nouveau cadre minier et la volonté de renforcer la participation de l’État dans l’exploitation des ressources nationales. Le permis de Menankoto relève en effet du Code minier de 2023.
L’or comme moteur d’emploi
Dans le secteur minier, les pourcentages ne sont jamais de simples chiffres. Les 35 % de participation de l’État malien dans le projet régional de Fekola constituent l’un des éléments centraux de la nouvelle configuration. Ils doivent permettre au Mali de bénéficier davantage des retombées économiques générées par le projet.
À Menankoto, la question ne sera donc pas seulement de savoir combien d’or sera extrait. Elle sera aussi de mesurer ce que cette exploitation apportera à l’économie nationale, aux entreprises maliennes et aux travailleurs. Le contenu local devrait notamment occuper une place importante dans cette nouvelle phase.
B2Gold indique déjà employer plus de 3 300 travailleurs au Mali, dont environ 98 % sont Maliens. À ces emplois directs s’ajoutent ceux générés par les fournisseurs et les entreprises sous-traitantes. Le développement de Menankoto pourrait ainsi élargir cet écosystème économique.
Dans les couloirs de l’industrie minière, les chiffres de production attirent naturellement l’attention. Mais derrière chaque tonne ou chaque once d’or, il existe une chaîne économique beaucoup plus large. Transport, construction, maintenance, fournitures, services, restauration, sécurité, logistique : l’activité d’une grande mine irrigue plusieurs secteurs. C’est précisément sur cette dimension que le contenu local prend tout son sens.
La nouvelle phase du projet devrait favoriser « les opportunités liées au contenu local, à l’emploi et à la sous-traitance nationale », selon les éléments communiqués par B2Gold.
Le défi sera désormais de transformer ces opportunités en emplois et contrats pour les entreprises maliennes.
Plus de 150 000 onces par an
Le calendrier annoncé donne une idée de l’ampleur du projet. Le projet régional de Fekola devrait progressivement monter en puissance jusqu’à la fin de 2027. À partir de 2028, B2Gold prévoit une production de plus de 150 000 onces d’or par an.
Cette production devrait se poursuivre jusqu’au milieu des années 2030. Le chiffre est considérable. Il place Menankoto au cœur de la stratégie de prolongation de la durée de vie du Complexe Fekola. L’objectif est clair : faire en sorte que Fekola reste un actif minier majeur au Mali pendant encore plusieurs années.
B2Gold n’est pas un nouvel acteur dans le paysage économique malien. Le groupe affirme avoir investi plus de 2 milliards de dollars américains depuis 2014. Ces investissements ont accompagné le développement de ses activités minières dans le pays et contribué à la constitution d’un important réseau d’emplois directs et indirects. Avec Menankoto-Sud, le groupe entend désormais inscrire cette présence dans la durée.
Le nouveau projet intervient surtout dans un contexte où le Mali cherche à mieux valoriser ses ressources minières et à accroître les retombées économiques de l’exploitation de son sous-sol.
Le pari des années 2030
Pour le cercle de Kéniéba, l’enjeu est aussi territorial. L’arrivée d’une nouvelle grande mine signifie des activités économiques supplémentaires, mais aussi des attentes. Les populations locales, les travailleurs, les fournisseurs et les entreprises de la région sont directement concernés par les perspectives ouvertes par le projet.
La réussite de cette nouvelle phase dépendra donc autant de la capacité à extraire l’or que de celle à créer un environnement économique favorable autour de la mine. Le contenu local sera l’un des indicateurs majeurs. Car derrière les 150 000 onces annuelles annoncées à partir de 2028, il y aura des emplois, des marchés de sous-traitance, des investissements et des recettes.
Menankoto-Sud apparaît finalement comme une pièce nouvelle dans un dispositif plus vaste. Fekola, Cardinal, l’exploitation souterraine et désormais Menankoto dessinent progressivement un complexe minier appelé à jouer un rôle important dans l’avenir de B2Gold au Mali. L’attribution du permis de grande mine constitue ainsi un tournant.
En quinze mois, le groupe a obtenu l’autorisation de lancer les opérations souterraines à Fekola puis décroché le permis de Menankoto-Sud. Deux avancées qui témoignent d’une volonté affichée de consolider les activités du groupe dans le pays.
Pour l’État malien, le projet offre également une nouvelle occasion de mettre en œuvre le cadre minier de 2023 et de renforcer sa participation dans l’exploitation des ressources nationales.
Pour Kéniéba, l’enjeu sera de transformer la richesse du sous-sol en opportunités économiques durables. Et pour B2Gold, le pari est désormais posé : faire de Menankoto l’un des nouveaux moteurs du Complexe Fekola et prolonger sa contribution à l’industrie aurifère malienne jusqu’au cœur des années 2030.
Cyril Roc DACK




