Réunion commémorative de haut niveau marquant le 65ème anniversaire de la première Conférence des Pays Non-Alignés, Belgrade, le 1er septembre 2026. Son Excellence Monsieur Abdoulaye DIOP, Ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a représenté le Mali
À l’occasion du 65ᵉ anniversaire de la première Conférence des pays non-alignés, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a porté à Belgrade un message de souveraineté, de multilatéralisme et de solidarité entre les pays du Sud. Dans une intervention aux accents historiques et géopolitiques, Bamako a appelé le Mouvement des non-alignés à renouer avec ses principes fondateurs et à accompagner la Confédération des États du Sahel (AES).
Belgrade, 1er septembre 2026. Soixante-cinq ans après la rencontre historique qui avait réuni, dans cette même ville, les pères fondateurs du Mouvement des non-alignés, l’histoire semblait s’inviter de nouveau à la table des dirigeants et représentants des États membres. Dans la capitale serbe, devenue en 1961 le berceau d’un mouvement né dans le contexte de la guerre froide, les participants ont commémoré la première Conférence des pays non-alignés. Un anniversaire à forte charge symbolique auquel le Mali a voulu donner une résonance particulière.
Représentant le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a livré une intervention largement consacrée à la souveraineté des États, aux rapports Nord-Sud, aux crises sécuritaires et à la nécessité, pour les pays du Sud, de renforcer leur autonomie stratégique.
Dès l’entame de son discours, le chef de la diplomatie malienne a transmis les « vifs remerciements » du chef de l’État malien au Président serbe Aleksandar Vučić pour l’invitation et salué l’organisation de cette réunion commémorative. Le Mali a également adressé ses félicitations à l’Ouganda, représenté par sa vice-présidente Jessica Alupo, pour son leadership à la tête du Mouvement des non-alignés.
Retour aux sources de 1961
À Belgrade, Abdoulaye Diop a surtout rappelé que la date du 1er septembre 1961 ne constitue pas une simple page d’histoire diplomatique. C’est ce jour-là, à l’invitation de Josip Broz Tito, que les chefs d’État et de gouvernement réunis dans la capitale yougoslave ont formellement donné naissance au Mouvement des non-alignés.
Le ministre malien a remis au centre du débat les principes qui avaient guidé les fondateurs : refus de l’appartenance permanente à une alliance idéologique ou militaire, égalité entre les nations, respect de la souveraineté et du droit des peuples à déterminer librement leur politique, mais aussi rejet de la violence comme moyen de règlement des différends internationaux. Pour Bamako, ces principes n’ont rien perdu de leur pertinence. « 65 ans plus tard, ces principes visionnaires sont plus que jamais d’actualité », a affirmé Abdoulaye Diop.
Cette déclaration résume l’un des principaux messages de la délégation malienne : dans un monde marqué par de nouvelles rivalités géopolitiques, la philosophie du non-alignement ne serait pas dépassée. Elle devrait, au contraire, être réinterprétée à la lumière des rapports de force actuels.
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Modibo Keïta, figure malienne du non-alignement
Dans cette évocation historique, le Mali n’a pas oublié l’un de ses propres pères fondateurs. Abdoulaye Diop a rendu hommage au premier Président de la République du Mali, Modibo Keïta, présenté comme l’un des artisans ayant contribué à poser les jalons du Mouvement. Le ministre a notamment rappelé la distinction opérée par Modibo Keïta entre « non-engagement » et « non-alignement ».
Pour le dirigeant malien de l’époque, le non-alignement ne signifiait nullement l’indifférence ou le retrait des affaires du monde. Il impliquait, au contraire, un engagement résolu en faveur de l’indépendance, de la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme, tout en refusant de définir la politique d’un État en fonction de son appartenance à une puissance ou à un bloc. Cette conception historique a servi de passerelle au ministre malien pour aborder les enjeux contemporains.
Nouveau front
À Belgrade, le Mali a identifié un autre terrain de confrontation : celui de l’information. Abdoulaye Diop a cité parmi les défis actuels « la guerre informationnelle, la désinformation et la manipulation de l’information aux fins de déstabilisation ».
Dans son analyse, les conflits contemporains ne se limitent plus aux affrontements militaires ou aux pressions économiques. L’information elle-même devient un instrument de puissance, susceptible d’influencer les opinions publiques, de fragiliser les institutions et d’alimenter les crises.
Face à cette évolution, Bamako réaffirme son attachement à la Charte des Nations Unies et défend un ordre mondial fondé sur un multilatéralisme présenté comme plus juste et plus équitable. Pour le ministre, les réponses aux crises mondiales ne peuvent être imposées unilatéralement. Elles doivent être construites à travers le dialogue, la coopération et la recherche de compromis.
Le discours malien s’est ensuite déplacé vers la question des rapports de puissance. « Aucun pays ne peut résoudre, à lui-seul, les différentes crises », a déclaré Abdoulaye Diop. D’où, selon lui, la nécessité de revoir objectivement les relations entre le Nord et le Sud et de donner davantage de voix aux pays africains, asiatiques, latino-américains et caribéens.
Dans cette perspective, le Mali appelle le Mouvement des non-alignés à défendre davantage la souveraineté, l’intégrité territoriale, la non-ingérence dans les affaires intérieures et la coopération internationale.
Le ministre a également insisté sur deux notions devenues centrales dans le discours diplomatique de Bamako : l’autonomie stratégique et le renforcement des alliances Sud-Sud. Le message est clair : les pays du Sud doivent davantage compter sur leurs propres capacités, diversifier leurs partenariats et construire des mécanismes de coopération qui ne les placent pas dans une relation de dépendance vis-à-vis des grandes puissances.
Sanctions et « deux poids deux mesures » dans le viseur
Autre point fort de l’intervention : la dénonciation des sanctions et mesures coercitives unilatérales. Le Mali a exprimé son opposition à ce qu’il considère comme des instruments de pression utilisés à l’encontre de certains États et a dénoncé la politique des « deux poids deux mesures ».
Abdoulaye Diop a également critiqué ce qu’il qualifie de politisation de la question des droits de l’homme à des fins politiques et géopolitiques. Une position qui s’inscrit dans la ligne diplomatique défendue depuis plusieurs années par Bamako : celle d’une coopération internationale fondée, selon les autorités maliennes, sur l’égalité souveraine des États et non sur des rapports de domination.
Mais c’est sur la situation sécuritaire au Sahel que le discours du ministre a pris une dimension particulièrement politique. Abdoulaye Diop a appelé le Mouvement des non-alignés à accorder une attention particulière à la crise sécuritaire qui frappe la région depuis 2011.
Le ministre malien a directement établi un lien entre l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011 et la dégradation de la situation sécuritaire dans le Sahel. Selon la lecture présentée par Bamako, cette intervention aurait contribué à créer les conditions d’une instabilité durable dans une partie de l’Afrique. « Il est de notre devoir de continuer la lutte des pères-fondateurs », a insisté le chef de la diplomatie malienne, faisant ainsi le lien entre les combats historiques pour l’indépendance et les revendications actuelles en matière de souveraineté.
L’AES, prolongement régional des idéaux du non-alignement ?
Dans cette logique, la Confédération des États du Sahel (AES) a occupé une place importante dans le discours malien. Réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, l’organisation sahélienne a été présentée par Abdoulaye Diop comme une réponse aux défis sécuritaires et politiques auxquels ses membres sont confrontés. Le ministre a rappelé les principaux objectifs assignés à cette confédération : préserver la souveraineté et l’indépendance des États membres, défendre leur intégrité territoriale, lutter contre le terrorisme et la criminalité organisée, mais aussi rejeter les politiques de domination et d’hégémonie. Pour Bamako, les ambitions de l’AES rejoignent donc directement les valeurs historiques du Mouvement des non-alignés.
Le ministre a ainsi remercié les États membres pour leur soutien et leur a demandé de renforcer leur accompagnement à la Confédération. Un appel qui dépasse la seule solidarité diplomatique. Il s’agit, pour le Mali, de faire reconnaître l’AES comme une dynamique régionale cohérente avec les principes de souveraineté et d’autonomie défendus depuis 1961 par le Mouvement des non-alignés.
65 ans après, le non-alignement cherche un nouveau souffle
Au terme de son intervention, Abdoulaye Diop a réaffirmé l’attachement du Mali aux idéaux du Mouvement. Dans la salle où résonnent encore les souvenirs de la conférence de 1961, le message malien s’est voulu à la fois historique et contemporain : le monde a changé, les rapports de force ont évolué, mais les questions de souveraineté, d’égalité entre les États et de liberté de décision demeurent au cœur des préoccupations de nombreux pays.
À Belgrade, le Mali a donc choisi de ne pas faire de cette commémoration un simple exercice de mémoire. Bamako entend y voir une occasion de remettre sur la table les principes fondateurs du non-alignement et de les adapter aux nouvelles réalités géopolitiques : guerre informationnelle, crises sécuritaires, sanctions, rapports Nord-Sud et affirmation des puissances émergentes.
Le rendez-vous serbe aura ainsi servi de tribune au Mali pour défendre une vision du monde où les États du Sud veulent davantage peser sur les décisions internationales. Une manière, en somme, de rappeler que 65 ans après sa naissance à Belgrade, le non-alignement demeure, pour Bamako, moins un héritage qu’un combat à poursuivre.
Issa TANGARA / Icimali.com





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