Abdoulaye Maïga, Premier ministre, lors de sa visite de travail à Alger, le 24 août 2026
Après son entretien avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le 24 août 2026 à Alger, le Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a affiché la volonté de Bamako de consolider les relations avec Alger. Entre souveraineté, non-ingérence, lutte contre le terrorisme et perspectives de coopération, le chef du gouvernement malien a insisté sur les liens historiques et géographiques qui unissent les deux pays.
La séquence diplomatique entre le Mali et l’Algérie semble entrer dans une nouvelle phase. À Alger, le Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a été reçu le 24 août par le président Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre de sa visite de travail en Algérie.
À l’issue de cette audience, le chef du gouvernement malien a livré une déclaration aux accents à la fois historiques, diplomatiques et politiques. Au cœur de son message, une conviction : malgré les divergences et les crises récentes, le Mali et l’Algérie restent liés par une géographie et une histoire communes. « Nous sommes condamnés à cheminer ensemble », a notamment déclaré Abdoulaye Maïga, reprenant une formule du président Tebboune. La phrase qui résume, à elle seule, l’esprit que Bamako entend désormais donner aux relations avec son voisin du Nord.
Au cours de son audience avec Abdelmadjid Tebboune, Abdoulaye Maïga était porteur d’un message du président de la Transition malienne, le Général d’Armée Assimi Goïta. Le Premier ministre a d’abord tenu à remercier le président algérien pour l’invitation adressée à son homologue malien à effectuer une visite officielle à Alger. Pour Bamako, cette invitation constitue un geste de considération à l’endroit du chef de l’État malien et, plus largement, du peuple malien. « Le Président Goïta considère cela comme étant une marque d’affection, une marque de considération à son endroit et à l’endroit du peuple malien frère », a expliqué le chef du gouvernement.
Selon le Chef du Gouvernement, le président Assimi Goïta a ainsi donné son accord de principe pour effectuer cette visite officielle. Les dates devraient être arrêtées ultérieurement par les canaux diplomatiques habituels.
Cette perspective constitue un signal politique important dans le contexte des relations entre Bamako et Alger, marquées ces derniers mois par de fortes tensions et des incompréhensions sur plusieurs dossiers régionaux.
« Nous ne pouvons pas déménager »
Pour Abdoulaye Maïga, la proximité géographique impose aux deux pays de dépasser les différends. « Le Mali et l’Algérie partagent à la fois la géographie », a-t-il rappelé, avant de reprendre une formule attribuée au président Tebboune : « Nous ne pouvons pas déménager. » Une réalité géographique qui, selon le Premier ministre malien, doit pousser les deux voisins à privilégier le dialogue et la coopération. « Je pense qu’à travers cette affirmation, nous sommes condamnés à cheminer ensemble, condamnés à œuvrer dans le sens de la prospérité pour nos deux peuples », a-t-il déclaré.
Au-delà des considérations diplomatiques immédiates, Bamako semble ainsi vouloir inscrire la relation avec Alger dans une perspective plus durable, fondée sur les intérêts communs et la proximité entre les deux peuples.
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Le poids de l’histoire dans la relation bilatérale
Dans son intervention, le Premier ministre malien a également insisté sur le poids de l’histoire. Une histoire qu’il considère comme un autre socle sur lequel les deux pays peuvent reconstruire leur relation. Général Maïga a évoqué notamment les luttes menées par les pères fondateurs des deux États contre le néocolonialisme et pour la dignité des peuples africains. « Les pères fondateurs de nos deux pays se sont engagés de manière obstinée à lutter contre le néocolonialisme et à se battre pour la dignité de l’homme et de l’homme africain de manière générale », a-t-il souligné.
À cette histoire récente, Abdoulaye Maïga ajoute une histoire plus ancienne, faite de circulation des savoirs et d’échanges entre les peuples de la région. Pour lui, cette double dimension historique doit servir de « substrat » afin de permettre au Mali et à l’Algérie de s’inscrire dans « la marche de la modernité et du progrès ».
Faire de la région « un arbre de paix »
La déclaration du Premier ministre malien ne s’est toutefois pas limité aux relations bilatérales. Elle a également porté sur les défis sécuritaires et géopolitiques auxquels l’espace sahélien et nord-africain sont confrontés. Terrorisme, ingérences, hégémonie et sous-développement figurent, selon lui, parmi les principaux obstacles à la stabilité régionale.
Le PM Abdoulaye Maïga a indiqué que les deux chefs d’État partagent une même ambition : faire de la région un espace pacifié et débarrassé des formes de domination extérieure. « Ils ont estimé qu’il fallait faire de notre région un arbre de paix », a-t-il déclaré, évoquant une région « débarrassée de toute forme de néocolonialisme », « de toute forme d’hégémonie » et « de toute forme également de terrorisme ».
Pour le chef du gouvernement malien, la paix et la sécurité constituent des conditions indispensables au développement. « C’est à ce prix que le développement sera un développement bien ancré, un développement au profit de nos braves populations », a-t-il affirmé. Une manière pour Bamako de lier directement les enjeux de sécurité aux aspirations économiques et sociales des populations.
Souveraineté et non-ingérence comme principes
Un autre élément mis en avant par le Premier ministre est le respect de la souveraineté des États. Abdoulaye Maïga a rapporté la position exprimée par le président Tebboune, selon laquelle l’Algérie « ne s’ingérera jamais dans les affaires intérieures » des pays de la région. Cette position, a-t-il expliqué, devrait contribuer à établir les bases d’une nouvelle relation fondée sur le respect mutuel. « Le respect de la souveraineté et la non-ingérence dans les affaires intérieures » doivent constituer, selon lui, des « conditions préalables » à la concrétisation de la vision commune en faveur d’un espace régional pacifié.
Cette question revêt une importance particulière dans le contexte des tensions diplomatiques qui ont opposé Bamako et Alger. En insistant sur ces principes, le Premier ministre malien place la souveraineté au centre du nouveau cadre de dialogue.
Abdoulaye Maïga a également rappelé un échange téléphonique intervenu le 9 août 2026, sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune. Il a indiqué avoir eu à cette occasion un échange « très fructueux » avec son homologue algérien, le Premier ministre Sifi Ghrieb. Selon lui, cette séquence avait déjà permis de jeter les bases d’un rapprochement entre les deux capitales.
À Alger, la délégation malienne a donc voulu rassurer le président Tebboune sur la détermination de Bamako à œuvrer à la matérialisation de la vision partagée par les deux chefs d’État. « Le Mali, sous le leadership de Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goïta, ne ménagera aucun effort afin que la vision partagée de nos deux leaders se matérialise pour l’intérêt de nos peuples », a assuré Abdoulaye Maïga.
Dans sa déclaration, le Premier ministre a enfin élargi cette dynamique à l’espace de la Confédération des États du Sahel. Abdoulaye Maïga a présenté cette vision comme ne relevant pas uniquement du Mali et de l’Algérie. Elle serait également partagée par les dirigeants du Burkina Faso et du Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel. Le PM Maïga a ainsi cité le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, président du Niger, et le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina Faso.
Cette référence à l’AES donne une dimension régionale au rapprochement recherché avec Alger. Pour Bamako, l’enjeu dépasse donc la seule normalisation d’une relation bilatérale : il s’agit également de défendre une conception commune des relations entre États, fondée sur la souveraineté, la coopération et la sécurité régionale.
Vers une nouvelle étape diplomatique ?
La visite du Premier ministre malien intervient à un moment où les signaux de rapprochement se multiplient entre Bamako et Alger. La perspective d’une visite officielle du président Assimi Goïta en Algérie pourrait constituer la prochaine étape de ce processus.
Reste désormais à transformer les déclarations politiques en actes concrets. Les questions sécuritaires, les enjeux frontaliers, la coopération économique et les divergences de lecture sur les crises régionales continueront de peser sur cette relation de voisinage. Mais à Alger, le message du Premier ministre malien se veut clair : les deux pays ont intérêt à regarder au-delà des tensions.
En reprenant l’idée selon laquelle « nous ne pouvons pas déménager », Abdoulaye Maïga a résumé la nouvelle philosophie que Bamako souhaite insuffler à ses relations avec Alger : celle de deux voisins qui, malgré leurs différends, demeurent liés par la géographie, l’histoire et des intérêts communs.
Le rapprochement ne signifie donc pas l’effacement des désaccords. Il ouvre plutôt la voie à leur gestion par le dialogue, dans un cadre où la souveraineté et la non-ingérence sont présentées comme les fondations d’une relation renouvelée.
Cyril Roc DACK




