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Azawad- ANR- Affaire Wagner : Moussa Ag Acharatoumane brise le silence

Invité dans l’émission le Grand Jury diffusée par la télévision Renouveau, Moussa Ag Acharatoumane, membre du CNT et porte-parole du CSP s’est prêté à une série de questions posées par Abderrahmane Keita et ChahanaTakiou dans un débat animé par Oumar Sidibé. Il est revenu sur les conditions qui ont fait obstacle à la non-participation du MSA lors des assises nationales de la refondation organisée par les autorités de la transition.

Sur le plateau de la télévision renouveau dans l’émission hebdomadaire le grand jury du vendredi 16 décembre, le membre du CNT et du MSA a répondu en toute franchise aux différentes questions qui lui étaient posées par les journalistes Abderrahmane Keita et ChahanaTakiou. Les sujets abordés lors de cette rencontre concernaient surtout la non-participation du mouvement séparatiste aux assises nationales de la refondation et leur position face à la politique adoptée par le gouvernement de transition.

De prime abord, Moussa Ag a fait savoir que l’Azawad est un Etat qui n’existe pas. Par ailleurs, il affirme qu’il y a une contradiction car chaque mouvement qui utilise le sigle de l’Azawad a son propre drapeau. « Le MNLA a son propre drapeau, le HCIA a son drapeau, le MSA dont je suis le secrétaire général a son drapeau, le GATIA a son drapeau et j’en passe », précise-t-il. L’actuel membre du CNT dira que ces différents mouvements sont engagés dans l’accord de paix qu’ils ont signé le 15 Mai et le 20 Juin 2015. Cependant, il estime que les groupes signataires ont reconnu et continuent de reconnaître l’intégrité du Mali, le caractère républicain et laïc de l’État malien. Le secrétaire général du MSA a fait l’historique de toutes les rebellions qui ont secoué le Mali. « La première rébellion a éclaté en 62 et 63, la deuxième dans les années 90, la troisième c’était en 2006, et quatrième c’était en 2012 et c’est cette crise là qu’on vit jusqu’à aujourd’hui » explique notre interlocuteur.

Fils d’un ancien militaire malien, Achatoumane a laissé entendre que son père a servi dans l’armée malienne. « Il fait partie des premiers Touaregs, je dirais qui ont intégré l’armée malienne en 68 jusqu’en 90, c’est-à-dire à la retraite ». Poursuivant son intervention, Moussa a avancé que l’insécurité en cours dans les pays voisins est le corollaire de la non résolution de la crise malienne. Accusé pour avoir donné libre accès au djihadiste sur le territoire malien, le membre du CNT a balayé cette accusation d’un revers de la main. Selon lui, les membres d’Al Qaida sont des forces rebelles chassées de l’Algérie qui ont élu domicile au Mali. Cependant, il regrette le non-respect de l’accord signé par les différents belligérants. « Nous n’avons pas été opportunistes, les accords qu’on a signés en 1991, en 2006 et récemment qu’est-ce qu’ils sont devenus ? » s’interroge le membre du MSA.

Les objectifs du CSP

Le leader du MSA estime que cette appellation de rebelle dont ils font l’objet n’est pas logique. Il pense que défendre sa population et ses droits ne sont pas des actes rebelles. « Je ne sais pas ce que vous appelez rebelle mais si être rebelle c’est défendre ses populations et ses droits alors, je le suis », explique-t-il, sans détours.$

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Outre les revendications, il dira que le cadre stratégique permanent était une initiative issue du regroupement de plusieurs mouvements qui ont eu les mêmes visions et qui ont voulu se battre pour le territoire. Il poursuit en affirmant que le CSP a trois objectifs à savoir la réconciliation entre eux, la conjugaison des efforts pour créer des conditions meilleures sur le plan sécuritaire pour les populations et enfin de conjuguer les efforts avec l’État et les partenaires internationaux pour que l’accord soit mis en œuvre. Il trouve dommage que tous les faits et gestes des membres du CSP soient épiés et interprétés de manière outrancière « Pourquoi quand Moussa part à Paris ça pose problème à la République ? Combien de millions de maliens sont allés à Paris, combien sont-ils à Rome ? À chaque fois que l’un de nous fait un déplacement pour aller dans une capitale, ça pose problème dans ce pays. C’est là où on se rend compte que vous ne nous considérez pas comme une partie de vous. Il faut que ça s’arrête ».

L’affaire Wagner

 Moussa Ag Acharatoumane pense que tous les maliens doivent se réjouir du fait que des frères ennemis soient aujourd’hui des amis et des frères réconciliés pour le bien de notre pays. Il ajoute qu’aujourd’hui l’objectif de leur combat est de garantir la paix, la sécurité chez leur population et que leurs enfants puissent aller à l’école et avoir accès à la santé.

Concernant le feuilleton Wagner, le membre du CNT affirme : « nous en tant que cadres stratégiques du CSP permanents, nous ne comprenons pas ni l’utilité ni la nécessité de la venue d’une société de mercenaires qu’on va 10 millions d’euros par mois alors qu’on n’a pas l’argent pour mettre dans l’armée reconstituée qui est convenue dans l’accord de paix que nous avons signé ». Il a ainsi clairement défini la position du CSP et d’ajouter que la meilleure solution consiste à appliquer l’accord pour mettre l’armée reconstituée sur les rails. Poursuivant, Moussa se défend d’une quelconque substitution de l’Etat par les membres du cadre stratégique permanent. Au contraire, il affirme que grâce à leurs efforts (CSP), le GATIA, le MSA, la CMA, un Gouverneur ainsi que des troupes maliennes ont pu être installés à Ménaka. « Dans cette région, c’est nous qui avons collaboré avec les forces de défense et de sécurité malienne pour aller combattre l’État Islamique à la frontière nigérienne en 2018, 2019 et en 2020. C’est grâce à nous aujourd’hui que vous avez dans cette région presque tous les démembrements de l’Etat qui sont en train de s’installer », confia-t-il. Il estime qu’ils ont joué un rôle majeur pour la reconstruction et la cohésion du Mali.

Désaccord avec le ministre Wagué, non-participation aux assises

Aux dires du secrétaire général du MSA, le colonel Ismaël Wagué a malheureusement eu l’imprudence de tenir des propos qui devaient en principe citer à huit clos entre frères d’une même République. Il s’étonne que ce dernier ait choisi une salle pleine des membres de la communauté internationale et des étrangers, qui ne sont même pas souvent au parfum de tout ce qui se passe, pour affirmer des déclarations qui déshonorent le CSP. « Il a tenu des propos inamicaux et ses propos nous les avons clairement dénoncés ». Il va plus loin en dénonçant ouvertement le comportement qu’il qualifie de peu orthodoxe de la part d’un ministre qui est censé réconcilier les frères d’un même pays et non de jeter de l’huile sur le feu.

Concernant la présence du général Gamou au sein du CSP, Moussa Ag dira que cela se justifie par son appartenance à la zone. Toutefois, il précise que le CSP est un regroupement de plusieurs acteurs. Dans ce cadre, vous avez des acteurs d’un mouvement, vous avez aussi des personnes ressources, des leaders d’opinion qui sont dans le CSP qui ne sont pas forcément liés aux mouvements armés. « Où est le problème si Gamou est dans le CSP ? » interroge-t-il ?

Pour ce qui est de leur non-participation aux assises nationales de la refondation, le leader du MSA explique : « pour les raisons que nous avons exprimées dans notre communiqué que vous avez vu, nous avons dit que les assises nationales pour la refondation, nous n’avons pas été associés au départ et nous avons alerté les autorités par rapport à cela depuis très longtemps ». Il a par ailleurs souligné que lors de la dernière rencontre avec le ministre Wagué à Alger, le mouvement avait reposé une nouvelle fois une demande d’être pleinement associé dans le cadre de l’organisation des assises nationales afin qu’ils puissent participer à tant que des parties prenantes de l’accord de paix. Malheureusement, poursuit-il, jusqu’à la journée du 10 à la veille des ANR, c’était le même son de cloche de la part du gouvernement.

Pour ce qui est du report des élections, l’invité du jour pense que la date du 27 février 2022 est limite. « Il faut expliquer, donner une justification à ce qu’on veut faire car ce n’est pas en allant dans la rue et insulter des gens qu’on peut faire comprendre ce qu’on veut. Il faut essayer de définir un chronogramme très clair auprès de la CEDEAO et les expliquer que nous sommes face aux difficultés qui nous empêchent d’organiser les élections à telle date » conclut-il.

Au terme du débat, le porte-parole du CSP et secrétaire général du MSA, Moussa Ag Acharatoumane a été acquitté par les membres du jury qui ont trouvé ses arguments convaincants et dignes de foi.

Ahmadou Sékou Kanta

L’Observatoire

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