Politique

Gouvernement Boubou Cissé : Le Décryptage de notre confrère Sidi Coulibaly depuis Ouaga

Après plus d’une quinzaine de jours d’attente, le deuxième Premier Ministre de la 2è mandature du Président Ibrahim Boubacar Keita, Docteur Boubou Cissé, a fait annoncer la composition de son gouvernement. Le long temps d’attente a été mis à profit pour tisser un consensus politique inespéré pour le Chef de l’Etat : gagner la reconnaissance politique de sa réélection comme président et acquérir la proche collaboration de certains dans un gouvernement dont il a été le seul maître avec son Premier Ministre du choix des hommes. Son propre parti qui l’a affronté en contraignant, contre son gré, à la démission son Premier Ministre, est obligé de suivre le rythme imposé par lui pour éviter sa mort politique.

Ce gouvernement compte plusieurs catégories de personnel politique dans la gouvernance IBK.

Les indéboulonnables parmi lesquels on retrouve le Général de Division Salif Traoré toujours au poste de Ministre de la Sécurité et de la Protection civile, malgré les résultats jusque là très mitigés dans ces domaines essentiels de la stabilité nationale ; Monsieur Hamadou Konaté, le beau-frère considéré (à tort ?) comme l’un des plus riches hommes du pays, depuis quelques années qui conserve son portefeuille de Ministre de la Solidarité à laquelle est venue s’ajouter  la Lutte contre la Pauvreté. Monsieur Mohamed Ag Erlaf, après un bon travail accompli pour la réélection, de l’Administration territoriale et la Décentralisation se retrouve bombardé Ministre de l’Industrie et du Commerce. Madame N’Diaye Ramatoulaye Diallo, en bonne ambassadrice reste à la Culture, tout comme son collègue Ministre des Affaires religieuses et du Culte, Monsieur Thierno Amadou Omar Hass Diallo, dont certains religieux s’interrogent sur la mission réelle. Madame Nina Walet Intalou conserve son poste comme Ministre de l’Artisanat et du Tourisme. Les raisons de leur reconduite sont diverses et jugées bonnes pour certains équilibres.

Les garanties officielles assimilables à des rançons politiques, avec comme figures emblématiques Monsieur Tiébilé D qui retrouve son ancien poste sous la transition entre 1991 et 1992 lorsqu’il a été nommé par le Président du CTSP, Amadou Toumani Touré ministre des Affaires étrangères avant d’être rappelé en 1996 comme Ministre des zones arides et semi arides dans le gouvernement dirigé par le Premier Ministre Ibrahim Boubacar Kéïta, sous le Président Alpha Oumar Konaré. Il est le fondateur du PARENA avec ses camarades qui ont quitté le CNID en désaccord avec Maître Mountaga Tall en 1995. Il est le fondateur du journal Le Républicain. Dramé est parmi les plus méthodiques des hommes politiques maliens et malheureusement l’un des plus incompris pour ses prises de position. Homme d’expérience à tous les échelons, on ne doit pourtant pas s’attendre à ce qu’il apporte un trop grand changement dans la diplomatie sur laquelle il peut bien veiller avec l’assurance du travail bien fait. Seulement, il aurait pu et dû négocier un statut supplémentaire de Ministre d’Etat.

Le Général de Division Ibrahim Dahirou Dembélé (qui peut être aussi dans la catégorie suivante de la main tendue) est peut-être l’élément de la volonté de dialogue du Président avec tous les éléments y compris et surtout ceux qui lui ont facilité, dit-on, son ascension vers Koulouba. Cette nomination passera très mal pour une certaine catégorie de nos compatriotes pour les contentieux en cours.

Parmi les garanties officielles, on retrouve Monsieur Boubacar Alpha Bah, Bill des amis de l’ADEMA, Monsieur Oumar Hamadoun Dicko du PSP, longtemps éclipsé, mais toujours alerte. Le Ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Monsieur Housseini Amion Guindo que beaucoup auraient vu promouvoir un cadre de son parti après sa démission du gouvernement avant les élections. Il hérite d’un département très important qui canalise les enjeux de notre bien-être, mais le sera-t-il vraiment dans les arbitrages de l’attelage Boubou Cissé ? Wait and see !

Ceux qui sont ou viennent se mettre à l’affût, les chasseurs dont Michel Hamala Sidibé qui quitte précipitamment le poste juteux mais à la fin un peu « encombrant » qu’il s’était promis de quitter avec 6 mois d’avance en juin prochain au niveau de ONUSIDA. Certains pensent qu’il aurait pu négocier plus dans le nouvel attelage gouvernemental, sauf que ceci semble être une bonne planque pour lui en attendant de faire ses preuves et surtout de « loyauté » pour le cas probable d’un prochain remaniement. Si cela ne marche pas, il aura du temps pour mieux se positionner pour l’après IBK. Monsieur Malick Coulibaly qui va certainement chercher à renforcer un CV d’intégrité et d’homme d’avenir pour le Mali de ou d’après 2022.

Les biens récompensés dont le camarade Ministre de la communication, chargé des relations avec les institutions, porte-parole du gouvernement Monsieur Yaya Sangaré qui retrouve chemise ou boubou à sa vraie taille. Il fera certainement un bon ministre, mais pour les changements, les résultats seront scrutés à la loupe. La jeune ex Ministre des Affaires étrangères Madame Kamissa Camara reste dans l’attelage, même si elle est mise à l’Economie numérique et à la Prospective, poste qui de toute vraisemblance lui sied mieux et permet de « prouver » l’amour qu’elle clame pour le Mali qu’aux AECI. Saura-t-elle en profiter ? Le profil du poste est en tout cas très alléchant et bien à propos pour son âge et ses ambitions.

Le nouveau Ministre des Maliens de l’extérieur, Monsieur Amadou Koita qui quitte la jeunesse et le titre de porte-parole du gouvernement qu’il a su bien défendre en son temps a dû être une fierté par moment pour le Président pour son volontarisme et sa loyauté.

Les mieux contentés dont Maître Baber Gano que peu de gens non introduits auraient imaginé à ce niveau en ce moment de l’histoire du Mali, mais une récompense des compagnons exigeait une main tendue, malgré les rumeurs. Monsieur Sambou Wague qui garde son portefeuille de l’Energie et de l’Eau avec les défis à affronter pour lesquels peu de résultats palpables sont constatés ces derniers mois pour le commun des Maliens. Reste-t-il à la demande expresse de l’ancien PM, SBM ?

Les soutiens devenus encombrants récompensés parmi lesquels on retrouve le Mouvement Sabati qui obtient le poste de Secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, chargé de la Promotion et de l’Intégration de l’Enseignement bilingue avec Monsieur Moussa Boubacar Bah. Une tâche suspicieuse qui attend ce ministre qui risque de se retrouver confronté aux siens car la gymnastique de la formulation du nom de ce ministère cache des revendications catégorielles que très peu d’hommes politiques « classiques » peuvent accepter d’affronter. C’est un domaine à refondre totalement avec un travail de clarification sur les nombreux nouveaux termes en gestation.

Ceux qui ne pouvaient pas être remerciés aussi vite dont entre autres la Ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Docteur Diakité Aïssata Kassa Traoré, la Ministre de l’Elevage et de la Pêche, Docteur Kané Rokia Maguiraga, la Ministre de la Promotion de l’Investissement privé, des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Entreprenariat national, Madame Safia Boly. Cela aurait joué sur les grands équilibres sociaux et perturbé des engagements antérieurs vis-à-vis de certains.

La main tendue vers l’avenir, dans cette catégorie on pourrait y mettre tous ceux que l’on a de la peine à classer de tous les bords. Ce gouvernement montre à la fois la capacité ou la volonté de dépassement qu’ont consenti certains, le désir d’en finir pour d’autres et certainement l’ambition d’aider le Mali à s’en sortir.

Quelle chance pour ce gouvernement ?

En remettant chacun des éléments à sa bonne place, Dr. Boubou CISSE a toutes les chances pour réussir à condition de ne pas se laisser coacher le « vieux » . Autrement, il faut qu’il sache s’affranchir et imprimer un vrai rythme de parcours d’Etat à cet assemblage hétéroclite. IBK, en principe, doit avoir été gagné maintenant par la sagesse du pouvoir. Il doit aspirer à la « saine jouissance » de son pouvoir en transférant les mises à l’épreuve au niveau du jeune premier ministre. IBK sait maintenant qu’il n’a rien à craindre des hommes de l’intérieur, après les vagues de contestations qui ont fait vaciller un moment son pouvoir. Il doit avoir compris le jeu de l’extérieur et son souci devrait être de s’en sortir avec le moins de dégâts futurs possibles pour lui et pour le Mali. Le pays est en lambeau, un Etat en faillite qu’il n’a pas su remettre en ordre, même si on ne s’attendait pas à trop de miracles, mais on aurait pu espérer mieux.

Boubou Cissé est de tous les Premiers ministres celui qui a auprès d’IBK les plus grandes chances de réussir s’il a vraiment un esprit ouvert sur l’avenir du Mali. Pour cela, il faut oser aborder ce qui fâche aujourd’hui les maliens, car tout le monde sait que le Mali ne sortira jamais de cette crise sous sa forme actuelle. Autant avoir notre destin en main avec des dossiers bien étudiés avec des solutions réfléchies et proposées par nous par anticipation.

Monsieur Amadou Thiam, Ministre Réformes institutionnelles et des Relations avec la Société civile aurait dû, avec une reformulation plus étendue du nom de son ministère, être le plus en vue dans ce gouvernement. S’il y a une volonté de réussite pour l’avenir du Mali, c’est le département qui devrait être le plus doté après la défense en moyens de toutes sortes pour sortir des résultats concrets dans des délais très précis. Le temps joue actuellement contre le Mali dont le nouvel espace territorial se dessine ailleurs sans les Maliens.

Si Boubou Cissé s’était attribué ce portefeuille à la place de l’Economie et des Finances qu’il a gardé, il y aurait des raisons d’être optimiste. Mais continuer à faire et à superviser l’ensemble des arbitrages, reste une immense tâche dont les bons résultats font indéniablement les grands dirigeants. Son échec serait un grand retard pour le Mali qui se fait dépasser tous les jours avec la complicité de ceux qui sont chargés de sa garde.

Même si Allah n’est pas obligé, nous allons continuer de le prier en espérant une plus grande prise de conscience collective de notre part sur l’abîme qui guette le Mali en cas d’échec de ce gouvernement sur lequel très peu de nos compatriotes comptent en réalité.

Deux grands défis à gérer : le péril de la grande intrusion du religieux dans toutes les sphères y compris de façon encombrante dans la sphère politique et celui de la gestion des egos et des égouts au sein du gouvernement avec fermeté et rigueur.

Malheureusement, la grande interrogation demeure celle de la capacité de lutter contre la corruption avec une gestion idoine des nombreuses frustrations sociales. Sans un vrai combat réussi à ce niveau, rien de bon ne pourra se faire au Mali qui soit durable.

Dr. Boubou Cissé nous laisse transparaître des capacités de stratège et surtout une volonté d’avancer avec l’essentiel qui s’accorde sur une ambition. Le nouveau porte-parole nous donne rendez-vous dans six (6) mois pour un premier bilan. Soyons donc patients!

Sidi COULIBALY

Journaliste analyste

22 Septembre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *