Motocyclettes cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ - Image DIRPA
Dans un coup de tonnerre réglementaire motivé par des impératifs de sécurité nationale, le gouvernement malien a décidé de serrer radicalement la vis sur l’usage et le commerce des deux-roues de forte puissance. Par le biais de deux arrêtés interministériels historiques signés le mercredi 3 juin 2026, les autorités interdisent la circulation hors des villes, mais aussi l’importation et la vente des motocyclettes de cylindrée égale ou supérieure à 125 cm³ sur toute l’étendue du territoire.
Le premier texte, l’arrêté N°2026-1312/MDAC/MJDH/MATD/MSPC/MTI-SG, cible directement la mobilité de ces engins, souvent privilégiés pour leur rapidité dans les zones de conflit. Signé par un parterre de hauts responsables dont le Général de Division Oumar Diarra (Défense), Mamoudou Kassogué (Justice), le Général de Brigade Issa Ousmane Coulibaly (Administration territoriale), le Général de Division Daoud Aly Mohammedine (Sécurité) et Mme Dembélé Madina Sissoko (Transports), le texte est sans équivoque en son Article 1er : « La circulation des motocyclettes de cylindrée de 125 cm³ et plus, hors des grandes agglomérations, est suspendue sur toute l’étendue du territoire national. »
Le décret précise toutefois que le District de Bamako, les chefs-lieux de Région, de Cercle et d’Arrondissement restent considérés comme des « grandes agglomérations » où la circulation demeure tolérée. Néanmoins, les gouverneurs et représentants de l’État en région gardent le pouvoir de durcir localement cette mesure.
Pour veiller au grain, l’armée et les forces de l’ordre sont en première ligne. L’article 2 stipule ainsi : « Les Commandants des Théâtres de l’Opération “DOUGOUKOLOKO”, les responsables des services de la Police nationale et de la Gendarmerie nationale sont habilités à prendre les mesures nécessaires à l’application du présent arrêté interministériel. »
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Importation et vente stoppées net
Le second volet de cette offensive réglementaire est d’ordre économique et logistique. L’arrêté N°2026-1313/MEF-MDAC-MJDH-MTI-MIC-SG, co-signé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousseni Sanou, et le ministre de l’Industrie et du Commerce, Alassane Diallo, tarit directement la source d’approvisionnement. Son Article 1er stipule : « L’importation, le transit, la commercialisation, la vente et la distribution à titre gratuit des motocyclettes de cylindrée de 125 cm³ et plus ainsi que leurs accessoires sont suspendus sur toute l’étendue du territoire national. »
Cette suspension stricte est fixée pour une durée d’un an renouvelable (Article 2) et englobe également tous les composants et pièces détachées servant à la fabrication ou au montage de ces motos.
Un sursis de 90 jours pour les commerçants
Face à l’impact financier majeur pour les opérateurs économiques, le gouvernement accorde un délai de grâce pour vider ou déclarer les stocks. Selon l’article 3, « les commerçants ayant des stocks de motocyclettes de cylindrée de 125 cm³ et plus ou des commandes en cours disposent de quatre-vingt-dix (90) jours à compter de l’entrée en vigueur du présent arrêté pour les déclarer auprès de la Direction générale et des Directions régionales du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence. »
Passé ce délai, la méthode forte sera employée. L’article 4 prévient que les agents du ministère du Commerce effectueront des contrôles et auront « accès de plein droit à tous les lieux suspects de détention ou de stockage » pour saisir les engins non déclarés. Les modalités de gestion de ces stocks seront fixées ultérieurement par une décision ministérielle conjointe.
Les Forces de Défense et de Sécurité exemptées
Sans surprise, cette mesure de restriction radicale ne s’applique pas à ceux qui l’exécutent. L’article 7 prend soin de préciser que « les dispositions du présent arrêté ne s’appliquent pas aux acquisitions de motocyclettes de cylindrée de 125 cm³ et plus ainsi que leurs accessoires au profit des Forces Armées et de Sécurité. »
Entrés en vigueur dès leur signature ce 3 juin 2026, ces deux arrêtés marquent un tournant sécuritaire majeur au Mali, visant à asphyxier la mobilité des groupes armés en dehors des centres urbains, quitte à bousculer profondément le secteur du commerce de deux-roues dans le pays.
Cyril Roc DACK




