Ousmane Sonko chez la famille Mame El Hadji Ndiéguène de Thiès
Le discours de Ousmane Sonko devant les marabouts, c’est presque un art. Sonko, c’est le haut niveau. Il faut simplement écouter ses discours, sans complexes, sans lunettes partisanes et surtout sans cette fâcheuse habitude de chercher la petite bête avant même d’avoir entendu la phrase.
À Kaolack, devant le Khalife de la Fayda, Cheikh Mahy Ibrahima Niass, Sonko n’est pas venu réciter le traditionnel catéchisme politique : poignées de mains, sourires réglementaires et phrases cousues pour l’occasion. Il a puisé dans les enseignements des guides religieux pour donner du relief et de la profondeur à son propos.
Et c’est là que Ousmane Sonko est redoutable.
Il ne se contente pas de saluer les marabouts avant de ressortir son discours politique habituel. Il adapte, contextualise, cite et construit. Partout où il passe dans les foyers religieux, il convoque les références du lieu, les enseignements des guides, les sourates, les « aya » et les versets qui accompagnent son argumentation. Et surtout, il les place au moment où ils font mouche.
À Kaolack, il s’est notamment appuyé sur les enseignements de Cheikh Ibrahim Niass autour de la souveraineté. Manière de parler politique en empruntant les clés intellectuelles et spirituelles de ceux qui l’écoutent.
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Devant les Khalifes, beaucoup sont séduits par sa sincérité, sa maîtrise des sujets et surtout par ce qu’ils perçoivent comme son amour pour le Sénégal et pour l’Afrique. Qu’on adhère ou non à sa politique, difficile de nier qu’il sait tenir une salle et construire un discours adapté à son auditoire.
Là où certains débarquent chez les marabouts avec trois formules de politesse, deux enveloppes et un discours photocopié, Sonko semble avoir compris qu’un foyer religieux n’est pas une permanence politique. Il faut connaître son histoire, ses références et son langage.
Et c’est probablement ce qui fait la différence. Sonko ne parle pas seulement aux marabouts. Il essaie de leur parler dans leur langage, en reliant leurs enseignements à sa vision politique.
La politique sénégalaise découvre ainsi peut-être une nouvelle discipline : le « gatsa-gatsa » rhétorique, version sourates, « aya » et souveraineté.
Pendant que certains cherchent encore le bouton « marabout » sur leur télécommande politique, Sonko semble déjà avoir trouvé la fréquence.
Le Coran en renfort, la politique en embuscade. Et le discours, lui, fait le reste.
Malick BA




