Général de Brigade Alou Boï Diarra, Chef d’Etat-major de l’Armée de l’air
L’émotion était à son comble, ce jeudi 30 avril 2026, lors de l’oraison funèbre prononcée au nom de la 24e promotion de l’École militaire interarmes (EMIA) en hommage au Général d’Armée Sadio Camara. À la tribune, le Général de Brigade Alou Boï Diarra, chef d’état-major de l’Armée de l’air et camarade de promotion du défunt, a livré un témoignage empreint de gravité, de fraternité et d’admiration, retraçant le parcours d’un homme qu’il décrit comme appartenant « à tout le Mali, à toute l’Afrique, à l’humanité entière ».
Dès l’entame de ses propos, le Général Alou Boï Diarra a confié le poids de la mission qui lui a été confiée. « Je me suis senti comme dans un piège », a-t-il avoué, évoquant « un triple défi » : celui de trouver les mots justes, de maîtriser une douleur personnelle profonde, et d’éviter de confisquer une mémoire collective.
Dans un moment de sincérité rare, il a laissé transparaître son trouble face à la disparition de son camarade : « Pourquoi ce n’est pas moi qui suis parti à la place de Sadio ? », s’est-il interrogé, exprimant une douleur mêlée d’incompréhension et d’humilité.
Au-delà du haut responsable militaire et ministre d’État, c’est d’abord l’homme que ses camarades ont tenu à saluer. « Pour nous, il était une incarnation », a affirmé l’orateur, décrivant un officier qui, dès sa jeunesse, portait « la dignité dans l’épreuve, la vision dans la tempête et la force tranquille face aux vents contraires de l’Histoire ».
Selon lui, Sadio Camara était de ceux qui « tracent des chemins là où d’autres voient des murs », imposant « le diapason de l’unité et de la raison » dans les moments de turbulence.
Le contraste entre la stature publique et la personnalité privée du défunt a marqué les esprits. « Le monde entier se souvient de l’homme d’État… mais nous voyons encore le frère jovial, taquin et social », a souligné le Général Diarra.
Décrit comme un homme fuyant les projecteurs, Sadio Camara appartenait, selon ses camarades, « à cette race de soldats qui ne travaillent pas pour la gloire de l’instant, mais pour le jugement serein des siècles ».
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Oraison funèbre à l’occasion des funérailles nationales du Général d’armée Sadio Camara
Vision stratégique et humilité personnelle
L’oraison a également mis en lumière la vision du défunt pour les Forces armées maliennes et pour le pays. Engagé dans la transformation de l’outil de défense, il nourrissait une ambition « structurelle », orientée vers la modernisation et le renforcement durable des capacités nationales.
Illustrant cette posture, le Général Diarra a relaté une confidence du disparu concernant un projet de modernisation du ministère de la Défense : « Il répétait qu’il ne s’y installerait jamais », un propos interprété par certains comme une prémonition, par d’autres comme une preuve supplémentaire de sa modestie.
L’hommage a insisté sur la dimension spirituelle du Général Camara. « Rien n’empêche la mort quand ton jour arrive », rappelait-il souvent, selon son camarade, témoignant d’une foi profonde et d’une acceptation totale de la volonté divine.
Homme pieux, attaché à la prière et au recueillement, il a, selon les mots du Général Diarra, affronté « l’ultime épreuve de sa vie » dans une posture de foi et de sérénité.
Son humilité s’exprimait aussi dans les gestes du quotidien. « Je l’ai vu porter le sac de certains collègues ministres », a-t-il confié, illustrant un sens du respect et une simplicité qui dépassaient les fonctions.
Au-delà du militaire, c’est également l’homme de cœur qui a été salué. Refusant des dons personnels pour orienter les ressources vers des œuvres sociales, finançant des évacuations sanitaires ou permettant à des compatriotes d’accomplir le pèlerinage à La Mecque, Sadio Camara laisse l’image d’un bienfaiteur discret. « Sa générosité a touché le sacré », a résumé son camarade.
Dans un passage solennel, la 24e promotion a tenu à exprimer sa solidarité à la famille et à la nation : « Votre chagrin est le nôtre », a déclaré le Général Diarra, rappelant que le pays venait de perdre « un digne fils, un grand homme, un militaire exceptionnel ».
Enfin, l’oraison s’est conclue sur une image forte : « Le baobab que nous pleurons aujourd’hui est tombé… mais il libère une immense clairière de lumière ».
Un appel à poursuivre l’œuvre du disparu et à faire vivre ses idéaux : « Que ce bruit ne soit pas un adieu, mais un appel », a-t-il lancé, exhortant chacun à incarner « le sens du devoir, l’amour de la patrie et le service des autres ».
Dans un ultime hommage, la voix chargée d’émotion, le Général Diarra a salué une dernière fois son frère d’armes : « Adieu Sadio… dors en paix ».
Issa TANGARA




