Aboubacar Fomba-Conseiller CNT, président de la Commission parlementaire de la Santé, du Développement social et de la Solidarité du Conseil national de Transition
Dans une tribune publiée ce dimanche 12 juillet 2026, l’honorable Aboubacar Sidick Fomba, président de la Commission parlementaire de la Santé, du Développement social et de la Solidarité du Conseil national de Transition, soutient qu’entre le Mali et l’Algérie, « la détente est nécessaire », mais que « le retour à la dépendance est impossible ».
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La décision conjointe du Mali et de l’Algérie de rouvrir leurs espaces aériens et de rétablir pleinement leurs relations diplomatiques constitue un événement majeur pour notre région. Elle mérite d’être saluée avec lucidité, mais certainement pas avec naïveté.
La géographie ne se négocie pas. L’histoire non plus.
Le Mali et l’Algérie partagent des milliers de kilomètres de frontière, des défis sécuritaires communs et des intérêts économiques qui imposent le dialogue. Deux États voisins peuvent connaître des désaccords profonds ; ils ne peuvent durablement s’ignorer.
Pour autant, cette détente ne saurait être interprétée comme un retour à l’ordre géopolitique d’hier.
Depuis plusieurs années, le Mali a profondément transformé sa doctrine stratégique. Notre pays n’accepte plus que les questions relatives à son intégrité territoriale, à sa sécurité intérieure ou à ses choix diplomatiques soient traitées ailleurs que par les institutions souveraines de la République.
Cette évolution constitue probablement le changement géopolitique le plus important intervenu au Sahel depuis plusieurs décennies.
L’Algérie demeure une puissance régionale de premier plan. Son expérience diplomatique, ses capacités militaires, son appareil de renseignement et son poids énergétique sont des réalités objectives qu’aucun observateur sérieux ne peut ignorer.
Mais reconnaître la puissance d’un voisin n’implique nullement d’accepter une quelconque prééminence sur les décisions souveraines du Mali.
Les relations entre États souverains ne peuvent désormais reposer que sur un principe simple : le respect mutuel, la non-ingérence et l’égalité juridique.
Les différends qui ont marqué les dernières années ne disparaissent pas avec la réouverture d’un espace aérien. Ils rappellent simplement qu’une relation durable ne peut être fondée ni sur la méfiance permanente, ni sur des ambiguïtés stratégiques.
Le Mali doit poursuivre une coopération pragmatique avec l’Algérie dans tous les domaines qui renforcent effectivement la sécurité des deux peuples : la lutte contre le terrorisme, la criminalité transfrontalière, les trafics, la surveillance des frontières, les échanges économiques et les infrastructures régionales.
En revanche, notre pays ne saurait accepter le retour de mécanismes qui auraient pour effet de transférer, directement ou indirectement, une partie de ses choix politiques ou sécuritaires à une puissance extérieure, quelle qu’elle soit.
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La souveraineté n’est pas négociable.
Cette exigence vaut pour tous nos partenaires.
Elle vaut pour l’Algérie, mais elle vaut également pour la France, pour les puissances occidentales comme pour toutes les autres puissances présentes ou intéressées par le Sahel.
Le Mali refuse désormais les logiques d’influence exclusive. Notre politique étrangère repose sur la diversification des partenariats, la liberté de décision et la défense permanente de nos intérêts nationaux.
Cette évolution modifie progressivement l’équilibre régional.
L’Alliance des États du Sahel constitue aujourd’hui un facteur nouveau dont aucun acteur régional ou international ne peut faire abstraction. Sa consolidation, son intégration économique, militaire et diplomatique demeurent une priorité stratégique.
Les prochaines années seront décisives et plusieurs trajectoires demeurent possibles.
La première est celle d’une coopération renouvelée entre Bamako et Alger, fondée sur le respect absolu de la souveraineté de chacun.
La deuxième verrait subsister une rivalité maîtrisée, sans rupture mais sans confiance véritable.
La troisième serait celle d’un retour des tensions si des tentatives d’ingérence ou de déstabilisation venaient à réapparaître.
Enfin, une quatrième hypothèse pourrait conduire à une recomposition plus profonde des équilibres régionaux, sous l’effet de la montée en puissance de l’AES, de la compétition entre puissances internationales et de la transformation progressive des axes économiques africains.
Quelle que soit l’évolution retenue par l’histoire, une certitude s’impose.
Le Mali d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier.
Il dialogue avec tous, coopère avec tous ceux qui respectent sa souveraineté, mais il ne délègue plus son destin à personne.
La paix est souhaitable, la coopération est indispensable mais la souveraineté demeure, elle est non négociable.




