Me Mountaga C. Tall, avocat au barreau du Mali
Le bras de fer judiciaire engagé entre des leaders de partis politiques dissous et deux membres du Conseil national de Transition (CNT) connaît un nouveau tournant. Entre décisions controversées et appel en cours, le dossier continue d’alimenter les débats sur l’état de droit au Mali.
Le dossier judiciaire impliquant Biton Mamary Coulibaly et Moulaye Keita, tous deux membres du CNT, reste au cœur de l’actualité judiciaire. Selon Me Mountaga Tall, chef de file du collectif d’avocats constitué pour la défense des libertés fondamentales, la procédure suit désormais un circuit complexe. « Le dossier circule actuellement entre le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité et la Cour d’appel », a-t-il annoncé.
Dans un ton ferme, l’avocat reste droit dans ses bottes au regard de la détermination de ses clients. « Nous l’avons dit, et nous le réaffirmons : nous ne céderons pas. Et nous restons pleinement mobilisés. Les droits de la défense ne se négocient pas. Le droit sera dit, dans le respect des principes fondamentaux, malgré les obstacles », martèle-t-il.
Faits et rappels
À l’origine de l’affaire, des accusations d’injures et de menaces publiques diffusées par voie électronique. Les plaignants avaient déposé une plainte visant les deux membres du CNT, lesquels, selon leurs conseils, ne bénéficient d’aucune immunité parlementaire.
Cependant, la procédure initiale aurait été entravée, selon les avocats qui dénoncent une plainte « bloquée de fait, sans motif avouable », les contraignant à recourir à une citation directe pour porter l’affaire devant la justice.
L’affaire est alors appelée à l’audience du 2 octobre 2025. Le tribunal a fixé une consignation jugée inhabituelle de 5.500.000 FCFA, somme que les plaignants s’acquittent. Un renvoi est ensuite ordonné au 27 novembre 2025, date confirmée par le plumitif d’audience. Les avocats insistent d’ailleurs sur un point : « les parties et leurs conseils ne disposent d’aucun moyen d’influence sur la fixation des renvois ».
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Contre toute attente, lors de l’audience du 29 décembre 2025, le tribunal déclare la procédure éteinte. Motif avancé : la date de renvoi, pourtant fixée par lui-même, serait trop éloignée pour permettre la poursuite de l’action.
Une décision qui suscite l’incompréhension du collectif d’avocats. Me Mountaga Tall n’a pas caché son étonnement quand il dit ceci : « Fallait-il en rire ou pleurer ? Car il tombe sous les sens qu’un tribunal ne saurait tirer argument de ses propres renvois pour éteindre une procédure régulièrement engagée. »
Dans la foulée, les avocats des plaignants annoncent avoir immédiatement interjeté appel, refusant de voir la procédure s’arrêter à ce stade.
Face à cette situation, le collectif affiche sa détermination. « Mais que nul ne s’y trompe : cette affaire se poursuivra car nous faisons immédiatement appel », avait alors affirmé Me Tall.
Au-delà du cas d’espèce, l’avocat inscrit ce combat dans une dimension plus large, celle du respect des principes fondamentaux. « Que nul, non plus, ne se décourage ou n’abdique : nous ne renoncerons pas à l’État de droit malgré les écueils et les difficultés de toute nature. Car l’État de droit ne se négocie pas. Il s’impose. La justice doit être rendue ; et elle le sera », avait-t-il insisté.
Cyril Roc DACK




