S.E.M Karamoko Jean Marie Traoré, ministre des Affaire étrangère du Burkina Faso ( au micro) et S.E.M Philippe Bronchain, ambassadeur chef de la délégation de l’Union européenne à Ouagadougou
Les tensions montent d’un cran entre Ouagadougou et Bruxelles. Suite à une résolution critique du Parlement européen sur la gestion de la crise sécuritaire et des libertés au Burkina Faso, le gouvernement de transition a vivement réagi en convoquant l’ambassadeur de l’Union Européenne, Philippe Bronchain. Une riposte diplomatique cinglante teintée de souverainisme.
Tout est parti d’une résolution de l’Union Européenne pointant du doigt la situation des droits humains, de la liberté de la presse et de la gouvernance au Burkina Faso. Portant cette charge, l’eurodéputé de la droite française (Les Républicains) et ancien directeur du renseignement militaire français, Christophe Goma, n’a pas mâché ses mots : « Le Burkina Faso, ce pays d’Afrique de l’Ouest, illustre aujourd’hui l’échec dramatique de la junte militaire au pouvoir depuis le coup d’État de 2022. En quatre ans, le pays s’est progressivement isolé de la communauté internationale, a été suspendu de plusieurs organisations régionales et internationales, tandis que les libertés fondamentales y sont méthodiquement réduites. Dans le même temps, la situation sécuritaire s’est aggravée. Plus de la moitié du territoire échappe au contrôle de l’État, et plusieurs millions de Burkinabés ont été déplacés et ont besoin d’une aide humanitaire. »
Face à ce réquisitoire de Bruxelles qui a mis le feu aux poudres, la réaction des autorités burkinabè ne s’est pas fait attendre. Convoqué au ministère des Affaires étrangères, Philippe Bronchain, l’ambassadeur de l’Union Européenne en poste à Ouagadougou, s’est vu signifier, ce lundi 22 juin 2026, la profonde désapprobation, la déception et « surtout le dégoût » de la transition.
Le chef de la diplomatie burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré, a recadré les choses sans détours, fustigeant une violation flagrante de la souveraineté nationale : « D’abord, en agissant ici, le Parlement européen a totalement violé le droit d’ingérence. Il a marché sur tout ce qu’il y a comme dispositions sur le droit d’ingérence, surtout que l’argument qui a été prononcé devant les députés est cousu d’informations totalement erronées. C’était aussi pour nous un signal de mépris à la mesure où c’est en totale ignorance de ce qui se passe aujourd’hui comme effort. Notre pays se bat depuis longtemps pour faire face à l’insécurité. »
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L’AES comme « digue »
Le ministre Traoré a rappelé le rôle stratégique que joue le Burkina Faso au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés de ses voisins malien et nigérien, avant de lancer une pique directe au passé de militaire de l’eurodéputé français et de pointer du doigt les causes profondes de l’instabilité régionale. « Aux côtés du Mali et du Niger, nous constituons cette digue que les trois leaders essaient de garder consolidée pour protéger nos voisins du Sud et de voir un parlementaire qui vient donner des chiffres erronés sur un pays qu’il n’a pas visité. Nous pensons qu’il a souillé la sacralité du Parlement européen en tenant de tels discours au relais du néocolonialisme. Donc il est important pour nous de parler de manière sincère et directe à l’ambassadeur de l’Union européenne pour faire savoir que le Burkina Faso agit en toute souveraineté en matière de politique intérieure et que nous ne sommes pas de l’Union européenne », a assené le chef de la diplomatie burkinabè.
Le ministre a conclu sur un ton particulièrement offensif : « Le Parlement européen ne peut pas se statuer comme un juge pour nous dire ce que nous devons faire en matière de gestion de l’espace civique, en matière sécuritaire. Ce député qui a pris la parole, c’est un militaire il me semble, du moins dans le passé. Il embrasse une carrière politique qui me semble déjà compromise par la façon dont il aborde les questions. Il sait très bien comment est-ce que la situation sécuritaire a commencé dans nos pays. Faisant abstraction de la responsabilité de l’OTAN qui a déstabilisé la Libye et dont les conséquences ont été portées par nos pays ici, qu’il vienne en toute aisance parler de la situation sécuritaire au pays en faisant abstraction de sa propre responsabilité dans ce que nous sommes en matière de gérer, nous pensons que quelque part c’est malsain. Donc nous avons tenu à évoquer cela, nous avons tenu à le mentionner. »
Cette passe d’armes illustre une nouvelle fois la rupture de ton, désormais décomplexée et souverainiste, entre les États du Sahel et les institutions occidentales.
Cyril Roc DACK




