Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale du Sénégal
Dans une décision rendue ce mercredi 17 juin 2026, le Conseil constitutionnel du Sénégal, a rejeté le recours déposé par 18 députés de l’opposition qui contestaient la réintégration d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale et son élection à la présidence de l’institution. Le feuilleton politico-judiciaire pourrait néanmoins rebondir devant d’autres instances.
Le Conseil constitutionnel invoque ses limites légales. En effet, saisi le 1er juin dernier par le député Tafsir Thioye et 17 de ses collègues, le Conseil constitutionnel a tranché : il ne se prononcera pas sur le fond de l’affaire. La haute juridiction s’est déclarée formellement incompétente pour statuer sur la réintégration d’Ousmane Sonko au sein de l’hémicycle.
Pour justifier sa décision, le Conseil a rappelé que ses prérogatives en matière électorale sont strictement encadrées : son rôle se limite au contrôle de la régularité des scrutins et prend fin dès la proclamation des résultats définitifs. Les faits contestés à savoir : la décision du Bureau de l’Assemblée nationale datée du 24 mai 2026, étant survenus bien après les élections législatives de novembre 2024, les sages ont estimé que cet examen échappait totalement à leur champ de compétence. Par conséquent, Ousmane Sonko reste le président de l’Assemblée nationale.
Un bras de fer autour de la Constitution
Pour l’opposition, qui dénonce une « forfaiture », la pilule est amère. À l’origine du recours, les 18 députés signataires (parmi lesquels Abdou Mbow, Thierno Alassane Sall, Anta Babacar Ngom ou encore Thérèse Faye) soutenaient que la réintégration d’Ousmane Sonko violait l’article 54 de la Constitution sur la séparation des pouvoirs.
Le rappel des faits par l’opposition : Nommé Premier ministre puis élu député en 2024, Ousmane Sonko s’était retrouvé en situation d’incompatibilité. Selon les requérants, en choisissant de siéger au gouvernement, il avait de facto renoncé à son mandat parlementaire. Sa réintégration le 24 mai, suivie de son élection au perchoir le 26 mai, constituait selon eux une « violation flagrante » de la Loi fondamentale.
Les députés de la XVe législature ont également fustigé l’attitude du Secrétariat général et de la Première Vice-Présidence de l’Assemblée, les accusant d’avoir refusé de leur délivrer les documents officiels par voie d’huissier, y voyant une « entrave grave à la transparence démocratique ».
La majorité exulte et salue le droit
Du côté des soutiens du Pastef et de son leader Sonkp, cette décision est accueillie comme une victoire éclatante de la légalité républicaine. L’ancien président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, n’a pas tardé à réagir pour exprimer sa satisfaction : « Pas de surprise ! Le Président Ousmane Sonko reste au perchoir ! Le Conseil constitutionnel vient de débouter les auteurs du recours. Une fois de plus, l’Assemblée nationale démontre son attachement indéfectible au respect de la Constitution, de son Règlement intérieur, de la légalité républicaine et à l’exercice responsable de ses prérogatives. Dans un État de droit, seule la loi doit servir de boussole, loin des polémiques et des interprétations partisanes. »
Vers un recours devant la Cour suprême ?
Si le Conseil constitutionnel a fermé ses portes aux requérants, la bataille juridique n’est pas pour autant enterrée. L’incompétence prononcée par les sages n’équivaut pas à une validation sur le fond des arguments de l’opposition.
Déterminés à défendre la Constitution « par les seules voies légales et pacifiques », Tafsir Thioye et ses collègues disposent encore de cartes à jouer. Ils pourraient décider de reporter leur action devant une autre juridiction, notamment la Cour suprême, compétente pour juger de l’excès de pouvoir des actes administratifs, y compris ceux émanant des bureaux des assemblées politiques.
L’affaire Sonko est donc loin d’avoir livré son dernier chapitre.
Cyril Roc DACK




