Argent-billets-banque-CFA
Entre 2020 et 2026, l’économie malienne affiche une progression spectaculaire de son taux de croissance, passé de 1,2 % à 6,3 %. Derrière cette évolution se dessinent des choix budgétaires, une mobilisation accrue des ressources intérieures, l’apurement de la dette et des mesures destinées à soutenir les entreprises et le système bancaire.
Les chiffres racontent parfois mieux les mutations économiques que les discours. Au Mali, ils dessinent en l’espace de cinq ans une trajectoire marquée par la recherche de nouvelles marges de manœuvre face aux contraintes internes et aux chocs extérieurs. Selon des données rapportées par l’ORTM et corroborées par plusieurs acteurs du secteur financier, le taux de croissance économique est passé de 1,2 % en 2020 à 6,3 % en 2026. Une progression qui intervient dans un contexte marqué par la crise sanitaire de la Covid-19, les difficultés de financement, les sanctions de la CEDEAO et les tensions sur les ressources publiques.
Pour tenir face à ces vents contraires, l’État a misé sur plusieurs leviers : mobilisation des ressources nationales, valorisation des recettes minières, apurement de la dette intérieure, augmentation de la masse salariale et renforcement des mécanismes de financement du secteur privé.
Dans les couloirs du Trésor public, les montants parlent d’eux-mêmes. En cinq ans, les paiements consacrés à la dette intérieure ont connu une hausse significative. Siaka Samaké, directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, revient sur cette évolution : « En 2020, par exemple, le niveau du paiement de la dette intérieure était autour de 1.198,6 milliards. Et en 2025, on s’est retrouvé à un niveau de 1.587,1 milliards. Donc c’est une augmentation significative. »
Pour le DG du Trésor, cette progression est directement liée à une meilleure mobilisation des ressources intérieures, qui a notamment permis au Trésor de respecter davantage ses engagements vis-à-vis des opérateurs économiques. « Grâce à cette mobilisation, le Trésor public a pu payer régulièrement les mandats au niveau du Trésor et en même temps a pu exécuter les programmes spéciaux, comme on le dit, du paiement de la dette intérieure », explique Siaka Samaké.
Sur le terrain économique, cette politique aurait produit un effet de décrispation. Les entreprises qui attendaient des paiements de l’État ont progressivement retrouvé de l’oxygène financier. Mamadou Tiéni Konaté, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), résume l’impact en quelques mots en ces termes : « Cela a beaucoup dégelé les non-paiements. Donc la créance sur l’État intérieur s’est dégonflée. Et ce dégonflement a profité à la redynamisation des échanges économiques. » Autrement dit, l’argent qui circulait moins dans l’économie a recommencé à irriguer les entreprises, les fournisseurs et les différents acteurs de la chaîne commerciale.
Autre indicateur mis en avant est l’évolution de la masse salariale de l’État. En effet, sur la période 2020-2025, celle-ci est passée de 621,6 milliards à 1.025,6 milliards de francs CFA, soit une progression proche de 65 %.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre de différentes mesures prises en faveur des travailleurs et des agents de l’État, notamment la grille salariale unifiée, les revalorisations de salaires et diverses mesures catégorielles. Siaka Samaké insiste toutefois sur un élément : la régularité des paiements. « En 2020, les salaires se trouvaient au niveau de 621,6 milliards. Et en 2025, on est aujourd’hui à 1.025,6 milliards de francs CFA, soit une augmentation de près de 65 % sur la période. Malgré cette augmentation, les salaires sont payés régulièrement. »
Derrière cette statistique se trouve une réalité très concrète. Car pour les fonctionnaires et autres agents publics, la régularité du salaire constitue un élément essentiel du pouvoir d’achat et de la stabilité des ménages.
Le secteur privé à la recherche d’oxygène
Mais la croissance ne se joue pas uniquement dans les bureaux de l’administration. Elle se mesure également dans les entreprises, les commerces et les activités qui ont besoin de crédit pour fonctionner. Face aux difficultés d’accès au financement, l’État a renforcé les capacités du Fonds de garantie pour le secteur privé. Les mécanismes mis en place pendant la Covid-19 ont notamment été prolongés dans le cadre du Fonds Résilience, avec l’objectif de faciliter l’accès des entreprises au crédit.
Moustapha Adrien Sarr, directeur général du Fonds de garantie pour le secteur privé, estime que l’activité de son institution a changé d’échelle. « On peut même affirmer sans réserve que nos activités ont été multipliées par 10, voire par 15, pour servir de levier pour davantage de financement à l’économie », a-t-il fait savoir.
Selon lui, l’État a injecté environ 30 milliards de francs CFA dans différents mécanismes de soutien. « On était autour de 10 milliards de garanties et d’accompagnement. Nous avons pu faire environ 2.100 milliards d’accompagnement en termes de crédit et bénéficier à 25.000 entreprises », détaille-t-il. Un effet de levier qui illustre, à ses dires, la volonté de faire du financement bancaire un instrument de soutien à l’activité économique.
De son côté, Mme Sidibé Aïssata Koné, présidente de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers, souligne, elle aussi, l’importance de cet accompagnement public : « Au niveau du fonds de garantie du secteur privé, il y a eu un appui important à travers le gouvernement et le ministère de l’Économie et des Finances. »
Selon elle, ce soutien permet au Fonds de garantie de jouer pleinement son rôle auprès des banques. « Cet appui permet également au Fonds de garantie du secteur privé d’accompagner le secteur bancaire à financer mieux l’économie », ajoute-t-elle.
Quid des banques, impôts et douanes ?
L’autre bataille s’est jouée dans le secteur bancaire. Au moment où les sanctions de la CEDEAO faisaient peser une pression sur les circuits financiers, l’État a maintenu des fonds publics dans les banques afin de limiter les tensions de trésorerie.
Pour les acteurs du secteur, cette décision a contribué à préserver la liquidité et la confiance des clients. « Le maintien de ces fonds publics nous a permis de ne pas avoir de risque de liquidité, nous a permis de continuer à servir les clients, nous a permis de maintenir cette confiance que les Maliens ont à leur système bancaire », témoigne Mme Sidibé Aïssata Koné. Qui qualifie ce soutien de « taille », qui a contribué, selon elle, à préserver la stabilité du système bancaire dans une période particulièrement délicate.
La mobilisation des ressources intérieures constitue également l’un des marqueurs de cette période. À la Direction générale des impôts, les recettes sont passées de plus de 921 milliards de francs CFA en 2020 à plus de 1.403 milliards en 2025. Du côté de la Direction générale des douanes, elles ont progressé de plus de 579 milliards à plus de 915 milliards de francs CFA sur la même période.
Ces chiffres traduisent l’importance croissante accordée aux recettes internes pour financer les politiques publiques, dans un environnement où les ressources extérieures sont devenues plus difficiles à mobiliser.
Au fil de cette transformation, le secteur minier occupe une place centrale. L’exploitation des ressources nationales est devenue l’un des leviers privilégiés pour accroître les recettes publiques et financer davantage les priorités nationales. La logique est désormais clairement affichée : mobiliser davantage les ressources produites à l’intérieur du pays et réduire la dépendance aux financements extérieurs.
Cyril Roc DACK




