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Exactions sur la population à Libé, imputées aux FAMA : La Jeunesse Fina Tawa Seeno campe sur sa position

Le massacre de  24 Peuls, le 22 octobre 2020 à Libé dans la commune de Baye (cercle de Bankass), sonne aux yeux de la Jeunesse Fina Tawa Seeno comme une expédition punitive perpétrée par une partie de l’armée malienne. Celle-ci avait démenti les faits et parle de « rumeurs ».

A travers une conférence de presse animée le samedi 7 novembre 2020 à la Maison de la Presse, sous le thème : « Situation sécuritaire au Centre : Cas de Libé », Ibrahim Dicko, Mme Fatoumata Diallo et l’ex-député Idrissa Allaye Sankaré de l’association Jeunesse Fina Tawa Seeno, n’ont pas été par le dos de la cuillère à la suite des exactions ayant entrainé la mort de 24 habitant de Libé. C’était sous le regard vigilent de leur invité Me  Assan Barry. Ladite conférence  est destinée à informer l’opinion publique nationale et internationale de la situation tragique que continuent de vivre les populations peules de la région de Mopti en général et du Seeno en particulier depuis le début de cette crise.

D’entrée de jeu, le conférencier Ibrahim Dicko dénonce et condamne « le comportement de certains membres de ces forces de défense et de sécurité qui, de par leurs agissements inhumains, irresponsables et indécents ternissent l’image de toute une armée et au-delà de toute une nation ». Loin de « livrer un procès d’intention à notre armée », elle sert également de tribune pour saluer le sacrifice ultime dont font preuve nos forces de défense et de sécurité et leur exprimons le soutien et la solidarité de l’association.

 « Les graves violations des droits humains auxquelles s’adonnent ces brebis galeuses tapies dans l’armée sont d’autant plus dangereuses qu’elles sont dirigées principalement contre une communauté, notamment la communauté peuhle remettant ainsi en cause l’unité nationale du pays déjà fragilisée par les différentes rebellions indépendantistes du nord », regrette M Ibrahim Dicko.

Tableau sombre

Rien que pour la période allant de février 2020 à nos jours, la jeunesse FINAA TAAWA SEENO a répertorié avec des preuves à l’appui, cent vingt-huit (128) cas d’exécutions sommaires et extrajudiciaires, des dizaines de blessés et deux cents cinquante un (251) cas de personnes enlevées ou portées disparues. Parmi les cas les plus flagrants et les plus récents, le massacre de « cinquante-cinq (55) personnes à Ogossagou le 13 février 2020 », de « 14 personnes sur la base de leur appartenance ethnique le 3 juin 2020 » au  village de Niangassadiou dans la commune de Mondoro, cercle de Douentza, l’exécution du trente-quatre (34) personnes dont 3 femmes, 3 enfants de moins de  4 ans, des vieillards, deux chefs de villages (ceux de Binedama et Naye) dans le village peuhl de Binedama (commune de Madougou, cercle de Koro).

Et le conférencier de préciser longuement : « Même scénario le 22 octobre 2020 à Libé dans la commune de Baye (cercle de Bankass). Suite à l’attaque perpétrée par des présumés terroristes sur le camp de Sokoura le 12 octobre 2020, l’armée décide de procéder à des opérations de ratissage, ce qui est tout à fait normal et nécessaire sauf qu’il s’agissait plutôt d’opérations de représailles contre un village peuhl situé à plus de 40km au nord de Sokoura et soupçonné à tort d’abriter les présumés auteurs de l’attaque du camp. Ces soupçons infondés ont suffi pour que des soldats maliens, guidés par des chasseurs locaux (Mani de Milma-kanda et Tidiani de Pissa) débarquent dans le village de Libé ce jeudi 22 octobre 2020 aux environs de 11h30 pour tirer sans discernement sur tout ce qui bouge. Le bilan est lourd : vingt-quatre (24) corps sans vie ont été formellement identifiés et inhumés 24 heures après par les rescapés de la furie meurtrière. Il faut qu’une dizaine des personnes tuées ont plus de 60 ans. Les visiteurs du jour n’ont pas seulement tué, ils ont également incendié et pillé avec une cruauté indescriptible habitations, champs de culture et greniers. Des femmes survivantes, séquestrées et menacées de mort, rapportent que certains militaires faisaient le porte à porte à la recherche d’argent et de bijoux.  Un survivant de 75 ans rapporte qu’il a été arrêté devant sa porte et conduit vers une mare au bord du village où il trouva six autres villageois couchés à terre les mains ligotées et les yeux bandés.

Les sept (7) personnes furent ensuite conduites dans une maisonnette non loin de la grande route avant d’être « arrosées ». Ayant pris des balles au bras et couvert de sang, le vieux a été laissé pour mort comme les autres. Il reprit ses esprits 1h après et se débrouilla pour arriver chez lui. Il est aujourd’hui en traitement dans un endroit que nous tenons secret pour des raisons de sécurité ».

Et M. Dicko de marteler : « Nous avons à notre disposition les images de la maison qui a abritée cette basse besogne ainsi que la liste de toutes les victimes. Tous ces cas ont été commis par des militaires ou du fait de leur complicité ».

Une expédition punitive

A en croire le conférencier, ce tableau macabre est loin d’être exhaustif, car de nombreux autres cas sont volontairement passé sous silence. « La jeunesse Finaa Taawa Seeno n’allait point s’émouvoir si ces tueries se situaient effectivement dans la lutte contre le terrorisme. Ce phénomène qui a aujourd’hui une dimension mondiale est malheureusement utilisé comme prétexte pour exterminer toute une communauté. Cela ne peut et ne saurait continuer », a prévenu l’orateur du jour. Lequel a lancé un cri de détresse en direction de l’ensemble de la population malienne, les autorités nationales, la hiérarchie militaire, la communauté internationale, la presse nationale et internationale pour aider à mettre fin à ces pratiques cruelles qui sont contraires à notre éthique et violent la constitution du 25 février 1992.

L’association a invité la hiérarchie militaire à tout mettre en œuvre pour identifier et extirper de ses rangs les mauvaises graines qui salissent l’image de l’armée et l’éloigne d’une partie du peuple. « Autant nous dénonçons et condamnons les agissements des éléments incontrôlés de l’armée, autant nous soutenons et félicitons les braves soldats qui exercent leur mission dans la légalité et le respect des droits humains. Tous ceux qui se mettent en marge de l’esprit d’une armée républicaine doivent être considérés comme les ennemis du peuple et soumis à la rigueur de la loi », a déclaré M. Dicko.

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Par ailleurs, le conférencier estime que ces actes sont prémédités et frisent avec une expédition punitive d’une population qui n’a rien à foutre avec les djihadistes : « Notre association constate avec amertume qu’il s’agit d’un scénario mis en scène sur la base d’une stigmatisation savamment entretenue faisant de tous les membres de cette communauté des potentiels terroristes qu’ils soient bergers, commerçants, maîtres coraniques, talibés ou même fonctionnaires »

En tout état de cause, au regard des preuves matérielles irréfutables dont elle dispose, la jeunesse FINAA TAAWA SEENO, en concertation avec les organisations de défense des droits humains, dit se réserver « le droit d’engager des poursuites judiciaires contre les auteurs et complices de ces crimes crapuleux… et exige des autorités nationales des enquêtes judiciaires diligentes » sur tous les cas d’exactions soulevés.

Le 28 octobre dernier, l’Etat-major général a, à travers un communiqué, balayé du revers des mains ce qu’il qualifie de « rumeurs » qui « visent qu’à ternir l’image des Forces Armées Maliennes et à créer un sentiment de haine.»

D.C.A

Le SOFT

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