Ousmane Sonko, Président de l’Assemblée Nationale, Me Moussa Sarr, ministre de la Justice, et Bassirou Diomaye Diakar Faye, Président de la République, Chef de l’Etat
Le spectacle offert ces dernières heures par les institutions sénégalaises mérite une place de choix. D’un côté, une Commission des lois qui travaille, débat, amende et vote. De l’autre, un Gouvernement qui vient défendre ses amendements, les voit rejetés, puis revient le lendemain par communiqué pour réclamer ce qu’il n’a pas obtenu par le vote : un large consensus.
Le scénario a des allures de match de football où une équipe perd sur le terrain avant de demander à rejouer la rencontre dans les vestiaires.
Hier, devant les députés, le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr est venu défendre les amendements du président de la République et du Gouvernement. Parmi eux, deux bombes politiques soigneusement emballées dans le papier cadeau de la réforme institutionnelle.
La première concernait le cumul entre la présidence de la République et la direction d’un parti politique. Celui qui expliquait hier avoir quitté la tête de Pastef pour être « au-dessus de la mêlée » semblait désormais ouvrir la porte à un retour du président-chef de parti, arbitre, joueur, entraîneur et propriétaire du club à la fois.
La seconde concernait la déclaration de patrimoine. Voilà que l’on envisageait que le chef de l’État ne soit plus tenu de déclarer son patrimoine à la fin de son mandat. Curieuse évolution pour un pouvoir qui avait fait de la transparence son étendard, son slogan et parfois même sa religion politique. Certains y voient déjà la naissance d’un nouveau concept : la transparence opaque.
Mais surprise ! Les députés ont résisté. Ils ont refusé ces modifications et maintenu les conclusions issues du consensus parlementaire.
On aurait pu croire l’affaire réglée. Erreur.
Au petit matin, la cellule de communication du ministère de la Justice surgit avec un communiqué solennel expliquant que les réformes constitutionnelles doivent faire l’objet d’une large concertation nationale.
Le citoyen sénégalais est alors en droit de se poser une question simple : pourquoi découvrir aujourd’hui les vertus du consensus après avoir tenté hier de faire adopter des amendements qui ne faisaient précisément l’objet d’aucun consensus ?
Le paradoxe est si énorme qu’il pourrait nécessiter une révision constitutionnelle à lui tout seul.
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Pendant ce temps, les députés continuaient leur travail. Adama Diallo s’est attaqué aux motions de censure et à la dissolution de l’Assemblée nationale. Amadou Bâ a plaidé pour maintenir une Cour constitutionnelle à sept membres afin d’éviter de transformer les finances publiques en distributeur automatique de postes supplémentaires. Ayib Daffé, lui, a voulu mettre fin à l’un des grands flous de notre République en proposant une définition juridique claire de la haute trahison.
Car dans notre histoire politique, la haute trahison ressemble souvent à un animal mythologique : tout le monde en parle, personne ne l’a vraiment vu.
L’amendement de Pastef sur l’article 101 vise justement à préciser les conditions dans lesquelles un président pourrait être poursuivi. Une réforme lourde de conséquences, qui touche au cœur même de l’équilibre institutionnel.
Et c’est là que commence le véritable malaise.
Le Gouvernement affirme désormais qu’aucune grande réforme constitutionnelle n’a été menée sans dialogue préalable. Argument respectable. Mais il arrive après coup, comme un parapluie ouvert une fois que l’orage a déjà traversé la ville.
Cette séquence laisse apparaître une étrange contradiction : le Gouvernement participe aux débats, défend ses amendements, constate leur rejet, puis invoque l’absence de concertation pour contester la démarche.
À ce rythme, la République risque de découvrir une nouvelle théorie constitutionnelle : quand on gagne, c’est la démocratie parlementaire ; quand on perd, c’est l’absence de consensus.
La vraie question n’est donc plus seulement juridique. Elle est politique.
Assiste-t-on à un simple désaccord institutionnel ou aux premiers symptômes d’une crise entre l’Exécutif et sa propre majorité parlementaire ?
Car derrière les articles, les alinéas et les amendements se dessine une bataille beaucoup plus profonde : celle du contrôle de la réforme de l’État.
Et lorsqu’un Gouvernement commence à dialoguer avec sa propre majorité par communiqués interposés, c’est généralement que quelque chose grince dans la mécanique du pouvoir.
Le Sénégal a souvent évité les crises grâce au dialogue. Encore faut-il que ce dialogue commence avant le vote, et non après la défaite.
Source : Malick BA – Chroniqueur sénégalais




