Ousmane Sonko, président de l'assemblée nationale du Sénégal
Invité à s’exprimer sur les antennes de RFI et France 24, le président de l’Assemblée Nationale du Sénégal, Ousmane Sonko, a fermement défendu la législation de son pays concernant l’homosexualité. Entre rappel historique et affirmation de la souveraineté nationale, le ton est donné.
La question des droits des minorités sexuelles en Afrique subsaharienne reste un sujet de friction majeur entre les chancelleries occidentales et les gouvernements locaux. Interrogé par les médias français RFI et France 24 sur ce que les journalistes qualifient de « chasse aux homosexuels » au Sénégal, le leader du Pastef, Ousmane Sonko, a balayé l’accusation d’un revers de main, affichant une posture de fermeté absolue.
Pour le leader politique sénégalais, la législation actuelle n’est en rien une invention récente destinée à stigmatiser une communauté, mais s’inscrit dans le temps long de l’histoire juridique du pays. « Il n’y a pas de chasse aux homosexuels », a-t-il d’abord coupé court. Avant d’asséner : « Il y a une loi sénégalaise qui date de plus de 30 ans. Vous semblez vouloir faire croire que c’est une loi nouvelle. Non. C’est les peines qui ont été corsées. La loi est là depuis l’époque du président Léopold Sédar Senghor avec les mêmes incriminations de la pratique de l’homosexualité. Donc la loi, elle n’est pas venue avec nous. »
Relancé sur la multiplication des arrestations ces derniers temps, Ousmane Sonko a tenu à recadrer le débat, pointant du doigt une omission volontaire, selon lui, de la part des observateurs étrangers : la question de la santé publique. « Il y a eu des arrestations dans le passé, rappelez-vous (…) Et c’est parti de deux choses. Le phénomène, la pratique de l’homosexualité associée à la transmission volontaire du VIH. La presse occidentale semble vouloir occulter ce deuxième aspect (…) qui est extrêmement important », a-t-il expliqué.
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Souveraineté et exigence de réciprocité
Haussant le ton, la figure de proue de la politique sénégalaise a ensuite déploré ce qu’il perçoit comme une ingérence culturelle et politique de l’Occident. Pour illustrer son propos, il n’a pas hésité à renvoyer la France à ses propres contradictions internes et aux critiques qu’elle essuie régulièrement à l’international : « Le Sénégal est un pays souverain. Il n’a pas à se justifier des lois qu’il prend, ni devant l’Occident, ni devant personne. La France a pris des lois que le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a considérées comme étant attentatoires aux droits humains, notamment sur le hijab, sur les mineurs. Vous ne nous avez pas entendu nous prononcer, ni notre presse. Nous attendons la même courtoisie, le même respect de la France et de l’Occident. »
Pour Ousmane Sonko, les lois d’un pays doivent avant tout refléter les aspirations et les valeurs de sa population, et non s’aligner sur des standards extérieurs. « Nous sommes dans un pays qui a ses croyances religieuses, ses convictions culturelles (…) qui légifère souverainement sur ce qu’elle considère être rejeté par sa société. Et je pense que ça ne doit pas faire l’objet de débats », a-t-il martelé.
Vers un nouveau durcissement de la loi ?
À la question cruciale de savoir si le pouvoir sénégalais pourrait un jour reculer ou assouplir sa législation sous la pression internationale, la réponse d’Ousmane Sonko a été sans ambiguïté. Loin d’envisager une abrogation, il évoque plutôt l’option inverse : « Revenir sur cette loi, pourquoi ? Parce que la France n’en veut pas ? S’il y a nécessité de la renforcer, on la renforcera. Mais on n’y reviendra absolument pas. »
Cette sortie médiatique sans concession réaffirme la ligne souverainiste et conservatrice du paysage politique sénégalais sur les questions de mœurs, coupant court à toute tentative de dialogue diplomatique sur ce sujet hautement sensible.




