Professeur Jacqueline Konaté Sogoba, Directrice Générale du Centre d'Intelligence Artificielle et de Robotique du Mali - CIAR-Mali ( à droite), et Yacouba Baby, Directeur Pays de Simplon Mali et consultant pédagogique ( à gauche)
Le coup d’envoi du cycle « Conférences Jeunesse & Expertise » a été donné ce samedi 27 juin 2026 à l’Espace Culturel Ürgol Café, qui a abrité la toute première rencontre. Portée par une ambition claire de mettre l’expertise technologique, managériale et institutionnelle directement au service des nouvelles générations pour en faire les acteurs de leur propre autonomisation, cette conférence inaugurale a exploré une thématique cruciale : « De l’auto-éducation numérique à l’action collective : comment les jeunes maliens peuvent-ils co-construire une éducation du 21e siècle ? »
Pour animer ce débat d’actualité, deux figures majeures de l’écosystème tech et éducatif malien étaient à la tribune : le Professeur Jacqueline Konaté Sogoba, Directrice Générale du Centre d’Intelligence Artificielle et de Robotique du Mali (CIAR-Mali), et Yacouba Baby, Directeur Pays de Simplon Mali et consultant pédagogique. Tous deux ont livré une analyse sans concession, mais résolument tournée vers l’action.
Intervenant sur la notion de souveraineté numérique, un enjeu stratégique pour le Mali, la Pr. Jacqueline Konaté Sogoba a insisté sur la nécessité pour le Mali de développer ses propres capacités technologiques et « de disposer des outils numériques » à partir de concepts développés localement pour éviter « dépendre totalement des expertises extérieures ».
Évoquant l’évolution de l’enseignement, elle a souligné que le contexte malien diffère de celui des pays occidentaux, où les supports numériques occupent une place centrale dans les apprentissages. « Les conditions ne sont pas les mêmes » qu’en France où elle a fait ses études. Les cours sont sur écran contrairement au Mali. « Aujourd’hui, il faut des supports numériques, des PDF accessibles aux étudiants », a-t-elle indiqué.
Selon elle, la pandémie de Covid-19 a profondément modifié les mentalités. « L’environnement n’est pas encore favorable au Mali, mais le Covid-19 a changé le regard des personnes » réfractaires vis-à-vis des cours numériques. « Aujourd’hui, le télétravail facilite également l’organisation du travail », a-t-elle cité en exemple.
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L’intelligence artificielle, un outil au service de l’homme
Abordant la place grandissante de l’intelligence artificielle dans l’éducation, la Directrice générale du CIAR-Mali a rappelé que ces technologies constituent avant tout des outils d’assistance. « C’est une rupture essentielle. L’IA est une machine », a-t-elle affirmé. Avant de souligner que la recherche documentaire est aujourd’hui considérablement simplifiée grâce aux outils numériques. « Avant, il fallait fouiller dans les livres pour effectuer ses recherches. Aujourd’hui, le numérique facilite l’accès au savoir et accélère le travail. Mais l’IA ne remplace pas l’homme ; elle vient l’aider », a-t-elle explicité.
Pour Pr Jacqueline, la montée en compétence demeure le véritable défi de la jeunesse, qui « doit toujours apprendre et se former ». « Il faut une qualification, mais surtout des compétences », a-t-elle insisté.
Pour sa part, Yacouba Baby, Country General Manager de Simplon Mali et consultant en pédagogie, a partagé son propre parcours, marqué par le choix de l’autoformation face aux limites du marché de l’emploi. Selon lui, voyant le nombre pléthorique d’étudiants en première année à la faculté des sciences économiques de l’université de Bamako, il a compris que l’État ne pourrait pas absorber tout le monde, pas plus que le secteur privé. « J’ai donc choisi l’autoformation », a-t-il confié.
Développeur d’applications avant de devenir formateur puis spécialiste de l’accompagnement vers l’emploi, il estime que les opportunités d’apprentissage n’ont jamais été aussi nombreuses. « Aujourd’hui, fait-t-il savoir, il existe des milliers de façons de se former dans le numérique grâce à des outils comme ChatGPT. Mais une formation doit toujours être suivie d’un accompagnement. »
« Cessez de croire à la facilité »
Face aux nombreux jeunes présents dans la salle, Yacouba Baby a livré un message sans détour, appelant chacun à faire preuve de discipline et d’esprit collectif. « Cessez de croire à la facilité. La vie est dure. Approchez les personnes capables de vous orienter, formez-vous et suivez ceux qui transmettent des compétences », a-t-il conseillé.
Le consultant en pédagogie a également dénoncé certaines habitudes qu’il juge contre-productives : « Arrêtez de gaspiller votre argent en forfait internet uniquement pour suivre par exemple les comédiens. Investissez ce temps dans votre apprentissage. »
Le responsable de Simplon Mali a enfin insisté sur l’importance du travail collaboratif dans le développement de l’écosystème numérique national. Les jeunes, à ses dires, « doivent se mettre ensemble pour développer leurs projets ». « Arrêtez de penser que vous pouvez réussir seuls. C’est ensemble que nous développerons l’écosystème numérique du Mali », dira M. Baby
Concernant l’intelligence artificielle, il a mis en garde contre une utilisation passive de ces outils. « Il ne faut pas abandonner son cerveau à l’IA. Il faut d’abord maîtriser les bases », a-t-il préconisé.
En guise de conclusion, le Country General Manager de Simplon Mali a invité la jeunesse à faire preuve de responsabilité et d’initiative, en ces termes : « Les jeunes doivent arrêter de penser qu’on doit tout leur donner. L’État en a déjà fait beaucoup. À vous maintenant de trouver les leviers pour réaliser vos projets et de vous inspirer des réussites qui vous entourent. »
À travers cette première édition des « Conférences Jeunesse & Expertise », les organisateurs ambitionnent de créer un espace permanent de dialogue entre experts et jeunes, afin de favoriser l’émergence d’une génération capable de bâtir une éducation adaptée aux défis du XXIe siècle et de contribuer activement à la souveraineté numérique du Mali.
Cyril Roc DACK




