Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale du Sénégal
À l’approche de l’examen de la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution sénégalaise, 143 personnalités issues de divers horizons ont lancé un appel solennel aux députés de l’Assemblée nationale pour qu’ils procèdent à son adoption. Dans une tribune collective, les signataires estiment que le temps des consultations est désormais révolu et qu’il appartient au Parlement d’assumer pleinement sa responsabilité constitutionnelle.
Face aux nombreuses voix réclamant le report, la suspension ou encore la renégociation du texte, les auteurs de l’appel dénoncent ce qu’ils considèrent comme une « stratégie permanente de l’ajournement ». « Nous refusons que le débat démocratique devienne une stratégie permanente de l’ajournement. Cette réforme n’est pas née d’une initiative improvisée. Elle est l’aboutissement de près de vingt années de réflexion collective », affirment-ils.
Les signataires rappellent que cette révision s’inscrit dans le prolongement des grandes concertations nationales organisées depuis 2009. Ils citent notamment les Assises nationales, la Commission nationale de réforme des institutions, les Assises de la Justice de 2024 ainsi que le Dialogue national sur le système politique de 2025, autant d’étapes qui, selon eux, ont progressivement construit le consensus autour de la nécessité de moderniser les institutions sénégalaises.
« Attendre quoi ? »
Pour les initiateurs de l’appel, il est difficile de justifier un nouveau report après deux décennies de diagnostics et de recommandations. « Aujourd’hui que ces réformes arrivent enfin devant la représentation nationale, certains semblent découvrir qu’il faudrait repousser encore leur examen. Nous posons une question simple : attendre quoi ? », interrogent-ils.
Ils rappellent que la Constitution confère explicitement au Parlement le pouvoir de procéder à sa propre révision et considèrent que remettre en cause cette compétence reviendrait à fragiliser les fondements mêmes de la démocratie représentative.
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Un rééquilibrage des institutions
Les 143 personnalités soutiennent que le véritable débat doit porter non sur la légitimité des députés à réviser la Constitution, mais sur le contenu du projet. Selon eux, la réforme vise notamment à renforcer les pouvoirs de contrôle de l’Assemblée nationale, créer une Cour constitutionnelle, reconnaître explicitement le rôle de l’opposition, mieux encadrer certaines décisions présidentielles en fin de mandat et instaurer un meilleur équilibre entre les institutions. « Loin d’organiser une concentration supplémentaire du pouvoir, cette réforme poursuit un objectif exactement inverse : faire en sorte que chaque institution puisse mieux exercer sa mission dans le respect des autres », soulignent-ils.
Une Constitution tournée vers les défis du XXIᵉ siècle
Les auteurs de la tribune estiment également que cette révision dépasse le seul cadre institutionnel en proposant une vision renouvelée du pacte républicain.
Le nouveau préambule consacrerait notamment l’appartenance du Sénégal à la civilisation africaine, érigerait la transparence, la bonne gouvernance et la protection de l’environnement en principes constitutionnels, tout en affirmant la souveraineté du peuple sur les ressources naturelles.
Le texte introduirait également de nouveaux droits, parmi lesquels le droit de savoir lire et écrire, le droit à l’inclusion numérique, le droit à un environnement sain ainsi que l’accès universel aux communications électroniques. « La démocratie n’est plus conçue comme la seule organisation de la compétition politique ; elle devient également un engagement collectif en faveur de la justice sociale, de l’égalité réelle et de la dignité humaine », soutiennent les signataires.
Un appel à ne pas céder à « l’immobilisme »
Reconnaissant qu’aucune Constitution n’est parfaite, les signataires estiment néanmoins que les améliorations futures ne doivent pas servir de prétexte à repousser indéfiniment les réformes.
Ils invitent les députés à examiner le texte avec rigueur, à y apporter les amendements qu’ils jugeront nécessaires, mais surtout à prendre une décision. « Après deux décennies de diagnostics, de commissions, de consultations et de recommandations, le temps n’est plus aux atermoiements. Il est venu le moment de donner au Sénégal des institutions plus équilibrées, une démocratie plus exigeante et une Constitution davantage tournée vers les défis du XXIᵉ siècle », concluent-ils.
Par cet appel, les 143 signataires entendent peser dans le débat parlementaire en plaidant pour une adoption de la réforme, qu’ils présentent comme l’aboutissement d’un long processus de réflexion nationale et une étape décisive dans l’évolution des institutions sénégalaises.
Cyril Roc DACK




